Yogi ou pas yogi ?

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Les yoga sutras de Patanjali sont une des bases de la philosophie du yoga. En phrases courtes, Patanjali énonce ce qu’est le yoga, ses règles (les yamas et les nyamas), ses obstacles et les moyens pour atteindre le samadhi (l’Eveil).

Les yamas ont pour but de préparer le yogi à la discipline en Yoga. Ils relient la pratique du Yoga à la société dans laquelle nous vivons. Et le premier d’entre eux, AHIMSA, la non violence, m’interpelle beaucoup en ce moment.

Selon moi, c’est une règle clé et centrale de tout notre comportement. En effet, je epnse que la non violence est très difficile à mettre complètement en œuvre.

Il s’agit d’abord de non violence envers nous mêmes. Or, yogi ou pas yogi, en Occident, qui ne s’est jamais astreint à un régime alimentaire pour perdre du poids … alors que ce joli gâteau à la crème nous fait tant envie ? Qui dans un cours de yoga n’a jamais ressenti une douleur dans une inversion ou en chaturanga ?

Je suis parfois choquée de lire ou de voir des photos où le professeur a appuyé sur les cuisses d’une personne pour l' »aider » à réaliser un baddhakonasana parfait (la posture du papillon). On peut se poser la question d’une telle utilité au-delà même de la sécurité de l’élève. Cela rejoint ce que j’ai écrit en décembre dernier sur les postures avancées (Pourquoi faire des postures avancées ?)

Cette non violence envers nous même c’est aussi avoir la clairvoyance de reconnaitre que des relations peuvent être toxiques, que des situations sont trop stressantes. J’ai mis un temps dingue avant de reconnaitre que mon travail pouvait générer du stress. Ce stress, intérieur au départ, on ne le ressent pas vraiment jusqu’à ce qu’un jour il émerge : énervement, mal au ventre, boule au creux de la gorge, migraine, mal de dos… et j’en passe. Jusqu’au burn out, malheureusement…

Certains événements dans une vie, autre que de se mettre au yoga, nous relie à la réalité de certaines situations. un décès ou un accident grave vous reconnectent à la réalité : nous n’avons qu’une vie. Ne suis-je pas en train de gâcher ce cadeau inestimable ?

Le processus de guérison sera alors de reprendre contact avec la réalité. Pas celle de la société mais celle de l’air sur la peau, de la chaleur du soleil ou du froid mordant. C’est aussi observer ce qui se trouve vraiment autour de soi. Depuis quand n’avez vous pas pris le temps d’écouter les quelques oiseaux qui sont autour de vous ? C’est ce qu’on appelle se relier au moment présent.

On parle énormément du courant vegan et de notre rapport à la viande. J’avoue que très longtemps, je n’ai pas pensé à la souffrance de l’animal dans les abattoirs. Je vous le dis tout de suite je ne suis pas vegan ni même végétarienne. De fait, nous avons à la maison largement diminué les quantités de viandes et de poissons et nous sommes tournés vers les légumineuses. Cependant, je continue à acheter de la viande chez mon boucher de quartier (pas de boucherie bio à proximité), et ce depuis le scandale de la viande folle à la fin des années 90.

Je trouve violent la réaction de certains mouvement vegan à l’encontre des bouchers par exemple. Pas tant au niveau physique qu’au niveau intellectuel, comportemental et émotionnel. Même avec le sentiment d’être non violent, nous sommes tous violents…

Au delà de la violence faite aux animaux, je pense à la violence faite à la Terre. Et là, je suis sévère. Et le yogi est en première ligne. En effet, nous transformons notre planète : moins d’eau potable, sécheresse, urbanisation de folie, atmosphère polluée, extinction d’une certaine faune et d’une certaine flore.

Mais un yogi n’a-t-il pas sa part ? celui qui prend l’avion pour aller faire sa formation à Bali, au Mexique ne contribue-t-il pas aux émissions de CO2 en prenant l’avion (je suis la première à être blâmée : un mois aux États-Unis l’année dernière …) ? Acheter le pantalon de yoga  avec des beaux dessins, c’est pas pousser un peu à la consommation, bien qu’ils soient souvent en bouteille recyclées ? Ce pantalon aura juste pris l’avion pour venir jusque dans votre boite aux lettres ? Ces photos sur instagram, ces blogs sur internet : autant de stockage dans des data center qui sont réfrigérés pour éviter échauffement des ordinateurs (à ce sujet, je me suis sévèrement posé la question de tout arrêter. je n’ai pas pu m’y résoudre. je poste nettement moins et je vais encore réduire mon activité).

Et je ne parle pas de la consommation des super ingrédients ! D’accord, c’est un commerce (j’espère bio et équitable) qui permet à certains de vivre. mais ils viennent de l’autre bout de la planète. Le plus bel exemple ? L’avocat ! On le voit partout et à toutes les saisons. Non mais à un moment les yogi faut être responsable : manger local et de saison. et quand je dis local c’est pas la tomate de Provence qui pousse sous serre (donc chauffées et pas qu’avec le soleil !).

Ma mère pour certains trucs me dit que parfois je pousserai à revenir à l’âge de pierre, une espèce de décroissance. Pas complètement … mais il y a matière à réflexion. Franchement, la surconsommation me sort des yeux et maintenant je réfléchis beaucoup avant d’acheter. Déjà que je ne supporte pas de faire les magasins ….

Avant de consommer, réfléchissez à vos actes : le parfum du yogi ? Mais sérieusement un parfum c’est de l’alcool et une huile essentielle. pas la peine d’acheter des huiles pour e corps à 60 € quand vous pouvez vous enduire d’huile de sésame (moins chère) bio : cette huile convient – hors allergie ou contre indication médicale autre – à toutes les peaux selon l’ayurveda.

La violence donc à la Terre. La violence à son corps. et je n’ai pas encore parler de la violence vis à vis des autres. Elle peut être physique : pas la peine de développer. Mais aussi verbale et émotionnelle.

Vous pouvez être adepte de la communication non violente : c’est bien. mais soyez sûr auparavant de bien la maitriser. les gens pensent que parce qu’ils ont lu le bouquin sur la communication non violente, ils savent communiquer. mais la communication non violente ce n’est pas seulement dire ce que vous pensez. c’est aussi DIS-CUTER et dans discuter il y a « dis » , deux et donc ECOUTER. Je conçois que parfois on est fatigué et qu’il y a des choses que nous n’aimons pas faire. mais nous pouvons encore avoir au moins la capacité d’écouter avec empathie, voire compassion. ou au moins écouter tout court.

Surtout ne vous sentez pas visé. Cet article c’est juste le moment de réfléchir et de se dire que puis je faire pour être plus en phase d’AHIMSA ?

Alors l’autre question sous-jacente c’est : est-il possible un jour d’être en complète adéquation avec AHIMSA ? Honnêtement, je ne sais pas. Hormis de vivre en ermite … Mais au moins de faire un peu plus attention. Et cet acte, cela fait partie de votre sadhana de yogi. Modifier son comportement, prendre du recul, accepter, agir avec discernement, réfléchir, vous connaitre ….

Alors shanti ! shanti ! Shanti !

Paix, paix, paix

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Le yogi a-t-il un regard critique ?

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Ce matin, je lisais des réactions à propos d’un problème de société. Que ce soit la PMA, le génocide des juifs pendant la seconde guerre mondiale, le mariage gay, les affaires de viol et tout autre sujet, vous voyez souvent les gens réagir avec passion et même parfois violence. Moi même je peux réagir avec beaucoup d’élan et dire que je ne comprends pas que l’on puisse dire ce type de choses.

Et puis, il y a ceux qui apparaissent plus circonspects, non pas sur le sujet même mais sur le fait qu’une personne puisse avoir un point de vue contraire.

Du coup, je me suis interrogée sur l’esprit critique du yogi à même d’accepter  des comportements, situations, positions qui à bien des égards peuvent nous hérisser. Comment peut on laisser des telles choses se dire ? Est-il possible qu’un yogi puisse admettre ces choses ? En perd-il tout sens critique ?

Cela m’a beaucoup fait penser aussi au bouddhisme et aussi à la parole de Jésus  « Vous avez appris qu’il a été dit: Œil pour œil, et dent pour dent. Eh bien! moi je vous dis de ne pas riposter au méchant; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. À qui te demande, donne; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos! » (Matthieu 5, 38-42).

Et en définitive, il faut mettre les choses en perspective. Il y a deux façons de voir les choses.

D’un côté nous avons la personne dont rajas (un des trois gunas, constitutifs de l’Univers et de la Nature donc de nos personnes) est important et qui est très inscrite dans la société de son temps. Cette personne réagira : intellectuellement et physiquement. Intellectuellement, elle fera intervenir dans un processus inné tout ce qu’elle a intégré depuis qu’elle est petite. Sa maturation intellectuelle la conduira vers une position affirmée. Physiquement, elle réagira avec l’augmentation de ses battements cardiaques, une vigilance physique accrue, une tension du corps et une voix plus forte et acérée. Et le tout, très vite. Une réaction du tac au tac.

Nous avons nos opinions, souvent bien arrêtées, sur un certain nombre de sujets. cette opinion résulte de notre environnement social et éducatif et aussi de nos émotions personnelles, de notre caractère.

L’avantage, c’est que nous sommes bien inscrits dans la réalité. Et nous avons l’impression d’être acteur, de participer. Le défaut, c’est parfois le manque de recul.

ex : ici à Marseille, il fait beau mais pas chaud. Dès qu’il y a une goutte d’eau, cela devient l’horreur car on ne peut pas être dehors et en profiter. C’est vrai  ! Mais une goutte de pluie, c’est ce qui permet aussi à la terre de s’humidifier un peu et de ne pas être trop sèche et prompte à enflammer le peu de nature qui reste ici. Cette pluie nettoie le ciel chargé de pollution. Et la chaleur, de toutes façons, on l’aura. La preuve on passe d’un petit 17 °C hier à 29 °C annoncés demain. Manque de recul et de discrenement …

De l’autre côté, nous avons un yogi ou quelqu’un qui médite beaucoup. Leur réaction sera complètement différente. Ils auront bien entendu une opinion mais ils feront observer que l’autre personne a le droit d’avoir des arguments et un processus de pensée, et ce quelque soit de fait le contenu des idées. On retrouve dans cette attitude AHIMSA, la non violence mais aussi la tolérance. Mais alors, peut être qu’ils sont trop tolérants et du coup à cause d’eux, la société va à vaut l’eau !

D’un certain point de vue, oui. Car effectivement cette permissivité du fait du respect du processus intellectuel (extrait du contenu de la pensée) peut effectivement donner lieu à des dérives, dérives parfois mal vécues par celui qui va réagir plus vite car atteint dans ses convictions. J’observe par ailleurs que la personne qui émet cette opinion qui fait couler beaucoup d’encre est animée par un voile d’illusions important et que avidya (l’ignorance) est tr_s présente dans sa vie et sa personne même.

Cette « permissivité » (que j’écris sciemment maintenant avec des guillements) s’explique en partie par la capacité d’observation, le discernement.

Patanjali utilisait le terme de viveka dans les Yoga Sutras.

Viveka khyâtir aviplavâ hânopâyah (Yoga Sutra Patanjali 2-26)

« La pratique ininterrompue de la conscience du Réel est le moyen de désintégration d’avidya » I. K. Taimini

« Le discernement c’est la pointe fine de l’intelligence qui distingue la différence entre la source de la lumière et le miroir qui la reflète » François Lorin

Dans le processus d’Avidyā (l’ignorance), la personne s’identifie avec les agents limitants de sa perception, puisque sa connaissance est déjà teintée. Elle ne peut aller que dans un sens. Ces agents limitants, ce sont la société (famille, école, société) et nos qualités de perception intérieure et extérieure (les kleshas) qui nous les ont donnés.

Le yogi apprend progressivement tout au long du déroulé de son chemin à discerner ce qui est réel de ce qui est irréel, et progressivement de lâcher prise sur le caractère impermanent de la vie.

Et là tout est dit. Pourquoi ? Parce qu’en définitive, lorsque le voile des illusions, appelé Maya, disparait, les choses prennent alors leur véritable place. Oui ! la vie change à chaque seconde et pourtant elle n’est pas plus inconfortable que la seconde d’avant. Oui, nous naissons, grandissons et un jour mourrons. Nous faisons alors le distinguo entre ce qui est la réalité et l’illusion, le Soi et l’ego. Viveka est la capacité à discriminer, distinguer ce qui change et le Soi, impermanent. Ce soi, c’est la Conscience Pure (Purusha), la véritable essence, le véritable je SUIS.

Nous devenons alors très vivants devant les problèmes fondamentaux de la vie, et nous commençons à nous détacher des courants de pensées et de désir ordinaires pour trouver la Réalité cachée derrière le flux de ces phénomènes.

Alors, le yogi a-t-il un esprit critique ?

C’est comme tout. Le yogi parfait utilise un esprit critique aiguisé puisqu’il est par essence dans le discernement. mais bien souvent, il est rattrapé par des éléments de notre intégration dans la vie sociale. Et alors même lui aura besoin de faire un pas en arrière, de se concentrer et de respirer pour de nouveau faire taire les passions et faire preuve de viveka !

Le yoga entre modernité et tradition

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Ce titre, c’est exactement ce que je ressens avec la pratique du yoga. Où suis-je ? Est-ce que je trahis les textes fondateurs du yoga ? Faut-il bannir les formes modernes du yoga ? Faut-il renier tous les studios de yoga et les formations 200h ?

Quand j’ai commencé le yoga en février 2014, et comme je l’ai déjà exprimé, je recherchais une pratique sportive. J’ai fait du hatha et du raja yoga et un temps du qi gong. Je suis plutôt  pitta en médecine indienne et cela explique que je me suis vite tournée vers une pratique physique plus intense : le vinyasa. Avec le vinyasa j’ai trouvé ce dont mon corps voulait : de la sueur, de la concentration, de l’intensité, du muscle.

Il me manquait quelque chose; ça c’est mon côté très studieux et curieux. Aussi, je me suis lancée en 2016-2017 dans une formation de professeur de yoga, 200h. Pour beaucoup de raisons, j’ai souhaité rester à Marseille. Je ne souhaitais pas devenir prof de yoga. Ça c’est le diplôme. Non je voulais apprendre encore plus.

Un stage ou une formation vous permettent d’aller vraiment plus loin dans votre pratique physique. Le contact prolongé avec d’autres personnes d’horizons divers vous permet également de vous éplucher et de faire sortir ce qui était bien enfoui en vous. C’est un excellent catalyseur et peu de personnes échappe à l’utilisation du mouchoir.

J’ai accédé à certaines marches de la philosophie du yoga. Un petit morceau. Pour moi largement pas assez : aussi je me suis mise à amasser documentations diverses et livres.

J’étais très réticente sur la philosophie du tantra assez largement répandu en France sous la forme du shivaïsme du Cachemire, à cause des connotations sexuelles fortement liées dans l’imaginaire. Mais pas que … Quand je vois les livres écrits en français en librairie ou sur internet ou quand vous tapez tantra en mot clé sur google, vous serez surpris des résultats. Et puis, j’avoue qu’en lisant certains ouvrages, j’ai été paumée. Je ne comprenais rien. Je devais relire 3 fois chaque paragraphe pour saisir un peu. Je retrouvais là le malaise que j’avais eu avec la philo en terminale.

Et puis j’ai rencontré dans le même espace temps le YOGA NIDRA et ROD STRYKER. Un choc. Une découverte. Et un élan du coeur. J’ai entendu pendant ma formation des doutes quant à ma sincérité dans ma pratique de yoga. Je peux vous dire que c’est resté longtemps accroché comme un chewing gum. On pense toujours que le monde du yoga est un monde de bisounours. Ce n’est pas le cas. Comme ailleurs, la valeur des egos s’affrontent. Mais après une période de doute sur ma capacité à être quelqu’un de sincère dans une guidance d’un cours de quelque nature et le sentiment parfois d’être un imposteur, je me suis sentie hyper à l’aise car pile au bon endroit.

Le yoga nidra m’a directement conduite à la philosophie et je me suis lancée dans une formation en ligne avec Rod Stryker car pour moi il utilise les mots qui me parlent. Et cette philosophie c’est celle du tantra. Mais qui dit toucher à cette philosophie, dit aussi approfondir ses connaissances sur les textes classiques du yoga : yoga sutra, Samkhya et Upanishad, Vijnana Bairhava Tantra .. entre autres. Je lis et relis des passages et j’explore à travers ma propre pratique. Et là je me trouve coincée.

Coincée entre modernité et tradition.

J’ai un immense respect pour la philosophie indienne  car elle est très riche. J’ai aussi compris que le vrai yoga n’était pas que les asanas ni même le pranayama. Mais vraiment pas. Et là je suis déchirée car ce qui se mesure le plus facilement dans une pratique c’est quand vous vous mettez sur votre tapis. Ou alors, vous mettez tant d’adaptation et de lâcher dans une posture que ce n’est plus la posture.

Et je me demande alors ce que je fais. est-ce que je dois à ce point oublier la posture codifiée ? Est-ce que du coup je ne fais pas autre chose que du yoga ?

Esr-ce que le yoga traditionnel ne met pas assez l’accent sur la sécurité du corps à l’inverse d’autres styles de postures où les accessoires abondent ?

Dans les cours que je suis, il n’y a pas de référence à des textes. Il y a des intentions. Elles sont super aussi Mais parfois j’ai l’impression que c’est trop. « Ouvrir le cœur », « créer de l’espace », « oublier la posture parfaite », « ce que vous faites est suffisant ». Parfois j’ai le sentiment de tomber dans l’excès inverse et de trahir les fondements de cette discipline qu’on appelle yoga. J’ai même parfois l’impression d’être complètement déresponsabilisée.

Autre chose. Je vois souvent des gens qui pratiquent le yoga faire de la musculation pour développer leur aptitude physique pour faire une posture : développer le centre (=les abdos). Est-ce qu’on en fait pas un peu trop ?

Je lis aussi beaucoup de critiques sur les formations 200 h qui ne sont pas les formations 400h de la Fédération Française de Hatha Yoga. Bon d’abord c’est hyper culpabilisant : j’ai l’impression d’être de la sous merde en tant que prof de yoga, que je n’ai pas de valeur en tant que prof de yoga.

Il est certain que 200 h de plus de formation c’est énorme .. mais n’est ce pas la sincérité qui compte dans la pratique du yoga ? D’autant qu’à mon sens; ce qui compte le plus c’est juste d’être posé sur son chemin et d’avancer, et de continuer à avancer toujours un petit peu plus.

Alors entre tradition et modernité, je ne tranche pas. je suis les 2. Je fais les 2. Parce que ce qui compte réellement, ce n’est même pas la capacité à animer un bon cours en tant que prof, c’est d’agir le plus possible en sincérité et de s’observer.

Et aujourd’hui, je suis en capacité de voir à quel moment, je perds la pédale de l’authenticité ou de l’absence de critique. Et quand c’est le cas, j’essaie d’arrêter la machine et de faire silence pour voir ce qui émerge. A ce moment là, cette émotion perd de sa consistance et ne devient qu’un souffle.  Et à ce moment là, je sais aussi que je suis en capacité de COMPRENDRE, de PARDONNER, de SAVOURER ce qui a été sans projeter et de ne pas ETRE DECUE. Car après tout, le yoga (tout court ni moderne ni traditionnel) c’est juste ça.

Apavarga et Bhukti dans le Tantra

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Souvenez vous ! En février, j’écrivais un court article sur Bhoga ou la jouissance de la vie.

Je suis loin d’avoir fini d’étudier, d’approcher, d’appréhender la philosophie du tantra. D’autant qu’en fouillant dans mes livres pour écrire un article complet, je me rends compte qu’il s’agit d’une mission impossible. J’ai encore trop trop de choses à apprendre puis à (m’)appliquer.

Apavarga tout comme Bhoga se retrouvent notamment dans le sutra 18 du Sadhana pada de Patanjali.

prakasa kriya sthiti silam bhutendriyatmakam bhogapavargartham drsyam

« La nature Prakriti, ses trois qualités , sattva, rajas et tamas, et ses produits, les éléments, le mental, les sens de perception et les organes d’action, existent éternellement pour servir le témoin en lui permettant de jouir de l’expérience sensorielle ou d’en être libéré. » (Iyengar Lumière sur les yoga sutra de Patanjali)

Iyengar écrit que « toutes ces caractéristiques et qualités sont établies dans les éléments de la nature, les sens, le mental, l’intelligence et l’ego. Ensemble, ils fonctionnent harmonieusement sous forme d’illumination, d’action et d’inertie, permettant au témoin de jouir des plaisirs du monde ou de s’en écarter pour faire l’expérience de la libération ».

Je cite à escient Iyengar car l’exégèse qui est faite des Yoga Sutra s’éloignent quelque peu de la définition tantrique des mêmes notions. En effet, je saisis dans les Yoga sutra que la libération ne peut se faire qu’en dehors de ce monde, en s’en excluant.

Si séduisant que cela puisse paraitre, je ne peux me tourner complètement vers cette définition. D’abord parce quelle est inatteignable pour ce qui me concerne : je souffre d’attachement (par exemple mes enfants) et je ne pense pas pouvoir me retirer du monde afin d’atteindre cette forme ultime de liberté. Et ce, bien que la question des attachements soit super importante et je suis en pleine réflexion là dessus. ..Mais j’ai plus tendance à penser que le mieux pour moi est d’ETRE acteur. C’est mon côté RAJAS qui ne peut rester sourd (demandez à ceux qui me côtoie, je n’arrête pas : de faire, de parler, de bouger …). Et c’est pourquoi ,j’embrasse plus les définitions issues de la philosophie tantrique.

En effet, Apavarga constitue un volet important du tantra. C’est un mot sanskrit qui veut dire libération, émancipation. De fait, quand on vit pleinement, on met fin au conflit et on s’émancipe. C’est aussi vivre l’unité en vivant dans le monde en étant libre des contingences sociétales. Il ne s’agit pas de vivre en dehors du monde mais de vivre dans le monde tout en expérimentant son unité.

Bhukti c’est l’accomplissement. Le tantra nous enseigne que la connaissance de soi et l’autonomisation nous incite à faire les choses qui reflètent l’éclat de notre âme. Ce qui veut dire vivre une vie qui a une signification pour nous mais aussi qui a un rôle dans le dessein du grand Tout auquel nous appartenons.

Ce sont deux notions plus séduisantes pour moi : elles appellent à vivre l’unité (j’aime bien le mot ONENESS en anglais) tout en étant de ce monde.Mais c’est quoi l’unité ? Ha ! Je pense qu’on sent l’unité quand on est à sa place sans prise de tête (cf mon article Yoga féroce ou coup de gueule ….). Pas d’interrogation, ni de remise en cause. Pas de crise de la 40aine ou 50aine. On est là. On accepte sa vie avec ses bonheurs et ses malheurs sans se dire « et si … ». C’est trouver dans chaque moment, et même dans ceux où on souffre physiquement ou même mentalement, un espace de silence sans heurt, comme si la vague des émotions s’aplanissait. C’est sentir que son corps, sa peau, ses organes sont à la fois petits et immenses. Nous sommes fait d’atomes. C’est l’infiniment petit. Ces atomes, on les retrouve dans l’infiniment grand, l’Espace, l’Univers. Notre microcosme est aussi le macrocosme du monde et inversement. Tout est en nous et en-dehors de nous.

Cette unité, c’est peut être accepté aussi ce que l’on est : ni superwoman, ni un être parfait. Je suis pleine d’imperfections et de défaillances. Je suis de terre glaize et je me façonne comme je peux au cours de mon existence terrestre. J’essaie d’appartenir à un monde et de contribuer à sa construction. J’avoue que le communion avec tous c’est pas gagné : c’est donc qu’il y a du chemin. Tout comme les attachements et les attentes limitent cette libération.

Comment faire ? C’est difficile. Je me dis qu’il faut réussir à respirer dans ses attentes. Pourquoi attendons nous ? Nous avons des désirs et parfois ceux-ci procurent du plaisir. Alors nous avons des attentes. mais souvent celles-ci sont source de souffrance. Et on est suffisant bête (mais là c’est notre cerveau qui ne nous rend pas service) pour continuer à avoir des attentes. Cependant, quand on s’aperçoit d’une attente, on peut la travailler, en faire baisser le niveau d’intensité. J’ai des attentes. Elles sont terribles. La semaine dernière j’ai eu une attente. Non réalisée. J’en ai pleuré. Puis j’ai été en colère car j’avais eu cette attente. Elle a disparu. Et alors elle s’est réalisée. Parce que je me suis respectée. D’ailleurs souvent l’attente est liée à une autre personne : rendons nous compte du poids pesant sur les épaules de cette personne … Lever cette attente c’est la respecter aussi.

Et puis il y a les attachements. L’attachement à la famille, à la maison familiale, à un pull, à un endroit, aux amis, à une lettre, une photo. Bon hormis la famille.. et encore .. mon fils devrait quitter le cocon familiale … va bien falloir que je le laisse partir vivre sa vie… Pourquoi suis-je attachée à cet endroit ? Le fait de ne plus revenir à cet endroit va-t-il me faire souffrir ? Supprimer un texto va-t-il faire disparaitre la personne qui l’a écrit ? Vais-je souffrir ? Ces attachements, c’est notre cerveau et la société qui les produisent. On peu vivre sans ses attachements. Il faut juste les voir vraiment et respirer dedans et se laisser le temps. On se rapproche d’une libération. Ce ne sera pas celle des différentes philosophies et spiritualités qui l’ont abordée mais ce sera déjà ENORME !

 

SHANTI

Yoga nidra en ligne

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Si vous avez pris le temps de lire à la fois l’à propos de ce blog et les différentes pages, vous aurez vu que ce qui me fait avancer c’est le partage.

Aussi, j’ai une page Espace ECOUTE.

Et sur celle-ci, je viens de mettre le lien vers l’un de mes plus beaux nidra à ce jour CONTEMPLATION DES ELEMENTS. Il sera en live à Asana Yoga Studio jeudi 16 et 23 mai à 19h30. Venez multiplier les expériences et approfondir votre voyage.

 

अनागतायांनिद्रायाम्प्रणष्टेबाह्यगोचरे।
सावस्थामनसागम्यापरादेवीप्रकाशते॥७५॥

« Si l’on concentre son attention sur l’endormissement, quand le sommeil ne s’est pas encore imposé mais que la conscience du monde extérieur a disparu, là, la Conscience se révèle. » (Vijnana Bhairava Tantra 75)

J’ai essayé le yoga des hormones

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Changer, bousculer ses habitudes, oser faire quelque chose de différent … La vie est une succession de changements / bouleversements brutaux et j’aspire le weekend à rester dans mon cocon, à la maison.

Mais parfois, la vie nous fait signe d’agir différemment. Sur mon instagram jeudi dernier je vois l’annonce d’un atelier « Yoga des femmes, yoga des hormones » organisé au Studyo, à Marseille, le studio de Florence Cevaer. Je ne connais Florence que par le compte instagram de son studio et inversement. Et je me dis « Et si j’allais essayer ? ».

Essayer c’est se mettre un peu en danger : changer de studio, voir un autre enseignant, pratiquer avec d’autres personnes un yoga différent. Et au lieu de me faire peur, d’éveiller une crainte que je ressens parfois quand mes habitudes sont changées, j’ai sans réfléchir sauté sur l’occasion. Et je suis très contente de mon choix.

Cela fait déjà quelques temps que je me suis renseignée sur le yoga des hormones. 47 ans, avec une thyroïde qui a connu un fort dysfonctionnement (hypothyroïdie) il y a 3 ans. Heureusement pour moi, tout est rentré dans l’ordre après une prise en charge quasi sans médicament.

Le yoga des hormones a été imaginé par Dinah Rodriguez. C’est un yoga qui s’adresse aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Mais rares sont les hommes qui prêtent attention à leurs hormones, tout comme à leur périnée d’ailleurs (cf Yoga et périnée)…. Il est vrai que leur périnée est moins abîmé que le nôtre et que leurs hormones font moins le yoyo que les nôtres.

Qu’est ce qu’une hormone ?

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Les hormones sont des substances chimiques  produites, stockées et distribuées par les glandes (ovaires, thyroïde, hypophyse et surrénales) et certains organes. Elles vont réguler notre organisme, le métabolisme, jouer un rôle sur la croissance et les fonctions sexuelles.

Pour en savoir plus, je vous incite à aller écouter ou lire le dossier écrit consacré aux hormones sur le site Podcast Science.  Il est très clair et très instructif !

Nos hormones féminines on le sait, si elles nous protègent, peuvent aussi rentrer dans une incroyable pagaille et nous faire vivre un enfer !

La série créée par Dinah Rodriguez stimule naturellement le travail de ces glandes et organes et la production des hormones. Cette méthode thérapeutique naturelle combine des postures dynamiques issues de Hatha Yoga et Kundalini Yoga et une technique de respiration intense (Bhastrika), associées à une visualisation de la circulation de l’énergie. Avec cette technique, adieu les symptômes de la ménopause ! Elle peut aussi favoriser les FIV et agir efficacement contre l’endométriose, à condition bien entendu de suivre la thérapie rigoureusement. Allez cliquer sur le site de Dinah Rodriguez pour vous faire une idée plus large de cette méthode.

La séance au Studyo

Quel plaisir de se laisser guider dans un très bel endroit lumineux et calme, baigné dans la douce bienveillance de Florence !

La séance n’est pas très difficile en soi : les postures sont facilement réalisables (janu sirsasana, ardha matsyendrasana, kapotasana, sarvangasana, matsyasana, ardha setu bandhasana). Là où cela se complique c’est lorsqu’il faut rajouter bastrikha !

Qu’est ce que bastrikha ? C’est un pranayama qu’on a traduit en français par soufflet de forge : d’ailleurs votre respiration fait le bruit d’un soufflet. Il induit un très fort travail de l’abdomen au niveau du nombril et des abdominaux, le lieu où règne agni, le feu digestif et intérieur. Bastrikha peut provoquer une hyper ventilation donc il s’agit de bien respecter l’équilibre entre inspir et expir. On inspire et on expire en contractant les abdos et en rentrant le ventre : en fait c’est la contraction de l’abdomen qui provoque l’expir et non pas l’inverse. Ce qui en fait un pranayama difficile. Cependant lorsqu’il est maîtrisé ses effets sont puissants : très vite vous sentez une forte chaleur envahir votre corps. Si vous avez un dosha kapha dominant ou avez une digestion difficile, bastrikha est très indiqué : il relance la digestion très vite. Si vous manquez d’énergie, une série en bastrikha va relancer votre machine.

Pour ma part, ayant débuté en yoga avec des postures tenus longtemps sur du bastrikha, mes retrouvailles avec ce pranayama ont été quasi immédiates ! Je ne raffole pas particulièrement de cette respiration car elle est engageante et exigeante. mais les effets sont indéniables : j’ai transpiré toute la nuit, mon corps est chaud (alors que je suis une frileuse) et j’avais tellement d’énergie que je me suis retrouvée en plein yoga nidra cette nuit. Pour autant je suis en pleine forme ce matin !

Les postures sont accompagnées en suite du bastrikha d’une visualisation poumon plein, langue en ketchari mudra, mula bandha, regard intérieur/ on relâche tout pour faire circuler l’énergie vers les glandes productrices d’hormones.

Florence nous a accompagné pendant tout cet atelier, prodiguant force conseils avec beaucoup de gentillesse et de douceur. La série a été pratiquée tranquillement afin de l’assimiler. Avant de réitérer 5 postures phares, nous avons fait une petite pause accompagné d’une tisane de sauge et de quelques fruits secs et surtout deux jolies relaxation au son des koshis. J’étais tellement détendue que je ne voulais même pas me lever !

Florence assure ce stage une fois par mois sauf en été. Le prochain aura lieu le 18 mai. On risque de s’y voir !

OM SHANTI !

Yoga nidra et méditation

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Au fur et à mesure de ma pratique personnelle et de l’avancée de mes connaissances, mes perceptions évoluent. Si vous vous reportez à mes premiers articles dans ce blog (Les états modifiés de conscience ou On ressent quoi en yoga nidra ? ou Qu’est ce que le yoga nidra ?), vous vous rendrez compte que j’ai souvent défini le yoga nidra comme étant une méditation.

Si cela en est bien une, je dois tout de même affiner cette assertion. Le yoga nidra est différent de la méditation telle qu’elle est pratiquée de nos jours.

Les buts sont similaires : explorer notre état intérieur et arriver à un état suspendu de paix intérieure et de clarté mentale pour mettre fin aux vrittis, nos doutes, nos interrogations, nos remises en questions, toutes ces fragmentations mentales qui nous perturbent et, au-delà, brouillent notre état intérieur et dissout dans le brouillard notre être authentique.

La façon d’y arriver diffère.

Le plus souvent la méditation se fait en position assise, stable. En yoga nidra, le pratiquant est allongé sur le sol. Généralement, dans l’une et l’autre pratique les paupières sont closes. Cependant, en yoga nidra on arrive rapidement vers une immobilité du corps. Cela n’est pas nécessairement le cas en méditation.

Je pratique quotidiennement la méditation guidée avec Rod Stryker à travers son application Sanctuary que je trouve extraordinaire. C’est en anglais mais il parle clairement et pas trop vite ce qui permet pour un français (puisque nous sommes en ce qui concerne ma génération pas très bon en langue) de comprendre. Hier j’ai suivi une méditation sur l’éveil du chakra du 3ème œil dans laquelle il y avait un long pranayama : kapalabathi avec rétention à plein suivi de nadi sodhana. Une autre de ses méditations, « Still Lake », invite à examiner sa respiration avec les mains sous les aisselles inversées, les pouces vers la poitrine.

En yoga nidra, ce n’est pas le cas (lire Note de lecture : « Dormir pour s’éveiller : le yoga nidra traditionnel » de Mathieu et La posture de Savasana) et pour cause. Ce qu’on recherche c’est le lâcher-prise, la reddition du corps. A travers un « protocole » où on traverse les différents koshas (lire Les koshas : nos enveloppes) pour endormir le corps, il s’agit de percer les différents états de conscience (Les états modifiés de conscience), les transcender et arriver à TURYA, la conscience pure, votre Atman, votre soi authentique profond et véritable.

En méditation, on réduit progressivement le champ de la concentration sur l’objet de la méditation : la respiration, un mantra, un yantra. L’assise est essentielle dans la méditation car elle permet d’avoir la conscience de son corps. Essayer de méditer couché ! Rapidement vous allez perdre cette qualité affinée de concentration focalisée pour vous disperser. Bon évidemment je suis aussi allée voir ce qui se racontait sur la méditation sur internet : et les définitions sont larges et se contredisent ! Et vous aurez peut être une pratique de méditation qui n’est que silence, qui n’est pas active du tout. Pour autant, dans ma pratique, il y a toujours un moment où c’est le silence, la concentration active étant le support de cette seconde partie de la méditation. Pour autant de ce que j’en sais, il existe toujours un support à la méditation : la thématique proposée, les réflexions qui en découlent.

Le yoga nidra a pour but de nous faire reprendre contact avec notre être authentique. Et combien de fois nous nous connectons avec celui-ci ? N’y a–il pas non plus une déperdition même du contact avec ce que nous sommes vraiment dans nos actions de tous les jours. Le yoga nidra nous amène à cette reconnexion profonde, au sens profond de notre vie à travers le sankalpa. Et en fait, le yoga nidra nous entraine à cela pour les moments mêmes de la vie éveillée. Le plus important c’est cette connection dans les transitions (dont j’ai déjà parlé Les transitions). Ce sont ces moments qui sont les plus fondamentaux dans la pratique du yoga nidra qui ne se retrouvent pas en méditation.

Cependant, ce ne sont pas deux pratiques opposées. Bien au contraire, elles sont complémentaires l’une de l’autre. Elles conduisent toutes les deux vers le calme intérieur, l’observation sans observation, le développement de la conscience. Et effectivement, j’éprouve de plus en plus de plaisir à m’asseoir et à méditer, ce que je n’envisageais pas encore il y a 6 mois. Lorsque je ne peux malheureusement pas méditer le matin comme je le souhaiterais, je ressens un vide, un manque. Tout comme pour le yoga nidra. Difficile de pouvoir parfois trouver du temps pour la méditation le matin ou pratiquer un yoga nidra dans la journée.

Bon j’avoue, et vous l’avez bien compris, avoir une préférence pour le yoga nidra qui a développé par les effets induits une conscience encore plus profonde de qui je suis, cette conscience se confondant même avec le je suis. Je sais, c’est difficile à suivre… Peut être me faudra-t-il encore des mois et plusieurs articles pour arriver à expliquer ce qu’est le yoga nidra et ces effets.En tous les cas, pratiquez pratiquez et observez sans vouloir nommer systématiquement. C’est encore la meilleure façon de vivre sa pratique.

 

Namaste

Pourquoi faire des postures avancées ?

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La posture avancée est souvent le Saint Graal des pratiquants de yoga. Rares sont les personnes qui ne cherchent pas à réaliser un poirier (handstand ou ado mukhavrksasana), la sirène (mermaid pose ou eka pada raja kapotanasana)… Pourquoi ? A quoi cela sert-il de se contorsionner, de s’étirer dans tous les sens ?

La réponse la plus facile reste le jeu de l’EGO et de la performance. C’est vrai, les fausses perceptions que nous avons de notre environnement extérieur et de l’idée que l’on se fait de qui on est à travers une apparence conduisent tout le monde, un jour ou l’autre, à chercher une posture avancée. Cela fait partie de ces vrtti (vrttayah pancatayyah klistaklistah, Yoga Sutra I.5) qui nous voilent notre véritable identité.

Qui on est quand on fait un poirier ?

La réponse est : personne. Ou plutôt, si on va au fond des choses, on est. On EST. Parce qu’on est ICI et MAINTENANT. Mais avant d’arriver là, le pratiquant aura parcouru un chemin pour modifier cette perception. J’y viens.

Au départ, on veut impressionner. Impressionner son prof (qui en fait n’en a cure), les autres pratiquants, et soi-même. Dans ce faire, notamment vis à vis des autres, il peut même y avoir une forme de violence. Pourquoi ressentir une jouissance face aux autres quand on réussit une posture avancée ? On est alors dans un positionnement de domination, bien loin de l’esprit du yoga. Cependant, il faut bien admettre que cela existe. Et c’est un point de départ.

Jouer avec son EGO va faire partie du chemin, pour la plupart des pratiquants, dont je suis. On veut se prouver qu’on est puissant physiquement, résistant, qu’on est performant et donc qu’on est « bien ». Ensuite, au fur et à mesure qu’on affine sa pratique, le ressenti diffère. Pratiquer des postures avancées, les travailler, nécessite une connaissance de plus en plus aiguë de son corps, de ses perceptions extérieures et surtout intérieures, de ses transitions  dont je parlais dans un précédent article (cf Les transitions, mon article précédent). Il ne s’agit plus de performance physique et sportive. Il s’agit d’observer comment son corps physique réagit, comment son corps pranique agit (cf Les koshas : nos enveloppes).

On devient l’observateur.

Ce n’est plus CITTA, le mental, mais CIT, la conscience, l’ETRE, qui est aux commandes. La posture avancée devient alors le reflet de la puissance de son observation, de la façon dont le prana s’installe dans le corps, de la façon dont on s’absorbe, se résorbe, se pose, là, dans l’instant. C’est le moment de s’observer, de s’aimer et de s’accepter.

Qu’est ce que je ressens dans un adho mukha vriksasana ou poirier ? Suis-je en état de béatitude ? Extatique ? Ai-je des craintes ? Comment est ma respiration ? Comment sont mes organes internes ? Comment est-ce que je réagis ? Et mon mental ? Je me parle ? M’encourage ? Me critique ? Je fais ça devant des gens ? Seule ?

Cette posture pour moi est symbolique : je ne sais plus la faire. Je l’ai déconstruite. J’ai peur quand je la fais, je me fais mal et je me tends. Je sens qu’à l’intérieur cela n’est pas extraordinaire. Mes trapèzes, scalènes sont hyper tendus. Mes épaules se bloquent. Pour moi, cette posture est stressante. Alors je ne la pratique plus pour l’instant. Je l’observe et je m’observe intérieurement. Même dans le non faire, je fais. J’ai appris à me connaître, à déceler les petits points de déclenchement d’une réaction corporelle et/ou psychique : un trigger point. Je ne prétends pas pour autant tout sentir et avoir une solution miracle. En revanche, le fait de ne pas réussir pour moi cette posture avancée m’a fait progresser.

A l’inverse, je « réussis » des variations de bakasana, crane pose ou le corbeau / grue. Là les sentiments sont différents. Il y a de l’émotion. Je m’envole, au sens littéral du terme. Je me sens légère, décontractée, intérieure. Je me sers de la terre et de l’air. Je trouve un équilibre subtil entre ces 2 éléments. Je suis bien. Pas de perturbation mentale, un cit stable, un prana circulant dans tout le corps. D’ailleurs, quand je ne parviens pas à faire cette posture, c’est que je suis lourde. Je ne parviens pas à faire parce qu’une posture ne pas pas être faite elle doit être. La présence est l’élément clé. La présence ne signifie pas que le mental réfléchit. Ce n’est pas être présent. Être présent c’est d’abord de l’équilibre, du silence, de l’énergie et une ouverture.

La posture avancée devient une espèce de météo de son espace intérieur.

L’ESPACE.

L’espace c’est aussi la grande découverte de ces postures avancées. De toutes les postures. On est stable et équilibré (« sthira sukham« ) dans toutes les postures quand on a créé de l’espace et qu’on ne s’est plus ratatiné sous les regards, les pensées, les paroles. Le SOI (ou le vrai MOI) a pris sa place.

L’espace … c’est symbolique. On crée de l’espace en SOI(T) et en même on EST dans l’espace. L’infiniment grand rejoint l’infiniment petit. On est ici et partout. On fait partie de l’univers. On a trouvé sa place. Cela ne se réfléchit pas, cela se vit. On trouve l’espace quand on a enfin lâché le mental. C’est un chemin, ce que j’appelle « la voie du guerrier pacifique », une initiation (j’en profite pour renvoyer à la lecture du livre de Dan Millman Le Guerrier Pacifique).

Bien entendu, c’est très important et TELLEMENT, on ne se lance jamais dans une posture avancée sans avoir échauffé son corps. On ne se fait pas mal (n’oubliez pas ahimsa, la non violence, déjà, à l’égard de soi). On adapte les postures au regard de l’état physique de son corps. On respecte son intégrité, on se respecte. On vit sa posture et pas celle de la star du yoga ou des magazines (qui a mon sens sont en train de faire la même chose que les magazines féminins, nous culpabiliser !). On est en paix.

Hari OM tat sat

SHANTI. SHANTI. SHANTI

Yoga féroce ou coup de gueule ….

« Mon Dieu  ! Mais pourquoi fais-tu du yoga ?

Oh oui mais je veux quelque chose de dynamique où je transpire ?

Ah non non c’est un truc de vieux … c’est lent, non ?

Tu vas tomber dans une secte ! Fais gaffe !

Le yoga nidra ? Pfffuuuuiiiitttt ! C’est pour se reposer ….

Ah ouiais c’était top : en baddha konasana j’ai les genoux qui touchent le sol maintenant ! Ma prof pour m’aider a bien prendre la posture a grimpé sur mes cuisses. Ah ! L’étirement …

Moi tous les matins, je médite 1h, je nettoie mes chakras, et puis je prépare un délicieux smoothie avocat bio du Pérou, chou Kale de Californie et Kombucha. Ensuite je m’enduis le corps de cette délicieuse huile de pimprenelle bio du fin fond de l’Himalaya forcément très porteuse d’énergie spirituelle et pour mes prochaines vacances je pars faire une formation de 200 h à Bali. Délicieux ! Et je suis végétarien, et ne porte que du bio.

Legging à 90 euros, brassière assortie (taille 80 A) à 55 euros. La sangle en chanvre bio à 30 euros. Achetez les encens sanctifiés à 10 euros les 5 bâtons.

Ah non non! Lui je ne l’accepte pas dans mes cours : il a un air louche, pas clair … »

Des comme ça, je crois que j’en attends ou j’en lis tous les jours. Cela devient lassant. Intolérance, stress, fausse image de soi, image de la healthy attitude. Le yoga devient hyper commercial, cela n’a échappé à personne. Très tendance, très consommation de masse. Le message se perd tout doucement. C’est un peu la bataille entre les anciens et les modernes… Le yoga doit-il évoluer ? Ou bien restera-t-il immuable malgré tout ?

Honnêtement ? je n’ai pas de réponse. Ce que je vois c’est la tendance hyper naturelle de la société à venir un peu plus incruster l’hyper consommation dans une pratique spirituelle bien éloignée de ces travers. Toujours plus. Le yoga comme business. Il y a un monde entre être prof de yoga et décider de vivre de  sa pratique en entourant et guidant des élèves, et pousser un groupe dans la consommation hyper publicisée.

Exemple ? Les discours lénifiants dans les magazines de yoga. Je les lis tous. Bien sûr, il y a des sujets très intéressants et permettant de poser sa réflexion ou d’apprendre quelque chose. Et puis il y a les 10  pages de pub, l’utilisation irritante de l’écriture inclusive (franchement je n’ai pas besoin de l’écriture inclusive pour m’affirmer en tant que femme ..), les photos de nénettes pesant 30 kg, au tour de poitrine permettant de porter la si jolie brassière qui va si bien avec le legging à minimum 90 euros.

Bon pour info, moi je dois porter des brassières informes parce que bénéficiant d’une poitrine généreuse (Ok c’est un atout). Et encore je passe des heures à chercher ce qui va être agréable à porter et pratique lors des asanas. Mais mettre 50 euros dans une brassière soit disant taillant L alors que mon 95 C ne rentre pas dedans : cela renvoie une image parfois très désobligeante de son corps. Ben ouais quand tu vois des nénettes au vente si plat à côté de toi, bonne femme de 47 piges au ventre qui pendouille malgré tous tes efforts pour faire des abdos qui puissent te rentrer là ton bidon, tu t’étouffes parfois.

Ce mental s’agite alors ? Mais punaise, à cet instant précis est-ce que je fais du yoga ?

La réponse est oui : car de l’émotion « jalousie » tout doucement, tu commences non pas à observer la personne à côté de toi (elle n’y est pour rien) mais à t’observer toi. Quelle est cette rage qui te consume ? pourquoi réagis-tu ainsi ? Quelle est ta valeur qui a été touchée ? Tiens un début de conscience …

Ce qui m’exaspère, c’est que même le milieu du yoga est touché par l’hyper consommation. On s’y perd. Je m’y suis perdue … mais j’en suis revenue. Je ne retiens que ce qui est bon pour moi et je laisse le reste à ceux qui veulent consommer.

Pas la peine d’aller à Bali pour toucher du doigt le yoga. Une formation ce n’est que 200 h (ou 500 pour les plus complètes). Mais en fait, elles ne font que te mettre sur un chemin. C’est à toi ensuite de développer ton art intérieur, de chercher et de développer ce qui pour toi est le yoga. Et là, tu peux aller à l’autre bout du monde, cela ne changera rien à ton cheminement qui lui va durer une vie entière.

Est-ce de la jalousie de ma part ? Oui peut être .. Moi c’est pas Bali qui me fait rêver, c’est retourner dans le désert de Arches Park dans l’Utah. On a tous nos endroits sacrés ..

Souvent on me dit : « tu te prends la tête avec le yoga. C’est de la branlette intellectuelle. »(texto ce que j’entends presque quotidiennement)

Ben non ! Y a pas de mental dans le yoga. Quand tu es en yoga, il n’y a plus de réflexion. il n’y a que de la présence de l’ETRE.  Il n’est pas question de se juger, de voir ses qualités et ses défauts, d’analyser. Dans ce cas là, c’est de la psychanalyse. Dans le yoga, on s’observe et on s’accepte. C’est vrai que la frontière est mince et tous on a certainement utilisé le yoga pour changer. Je dirai plutôt qu’avec le yoga on est redevenu tel qu’on était au départ. Ni bien. Ni pas bien. On a tous nos parts sombres : elles s’expriment plus ou moins à certains moments. J’ai ma part sombre, torturée, complètement dingue. Quand je vois qu’elle arrive, je m’observe. Parfois, elle repart. Parfois, elle est là et elle me fatigue ! Elle doit vivre et s’exprimer avant de me relaisser tranquille. Elle ressort souvent au boulot mais aussi sur le tapis, à ce moment où justement les barrières de protection sont abaissées. Je peux être une harpie, jalouse, médisante, rageuse, ruminante, triste, fermée. Le plus important c’est que je m’en aperçoive.

Venons en aux postures. Je me suis déjà exprimée à ce sujet à plusieurs reprises (notamment dans cet article qui a fait un carton, toute proportion gardée quand même ! Pourquoi faire des postures avancées ?). Cependant je reviens là car il s’agit de la partie la plus apparente du yoga. Quand on débute le yoga, effectivement la posture est ce qu’il y a de très important : il faut réaliser le plus correctement la pose vue dans un livre / magazine / réseau social. Il n’est absolument pas question de respiration par exemple. Même nos oreilles se ferment et notre mental (O Citta, petit singe vagabond) nous même à la baguette.

Exemple : une torsion Ardha Matsyendrasana. Combien de fois je vois des gens se tortiller un max, le bassin en déséquilibre, un des ischions dans le vide, et les cervicales tournées au maximum. Le pied avant flotte sur le coté, mou. Oh oui ! la posture physique dans sa composante « torsion » est réalisée. Oh oui ! les organes internes sont comprimés. « Vous sentirez alors ce délicieux  massage interne. Plus de désordres intestinaux », vous promet tout descriptif de cette posture.

Moi je dirais : bonjour le mal au cou  ! Où elle est l’énergie de la posture ? Plus de désordres intestinaux à condition de tenir la pose longtemps et de la réaliser très régulièrement. Pire ! observez votre réaction face à la pose et aux instructions données par le prof. Êtes vous sûr de ne pas être alleé au-delà de ce que votre corps vous propose aujourd’hui ? Vous faites du yoga, si vous devenez observateur de vous même, en ayant la conscience précise de ce que vous êtes en train d’accomplir. Et je ne parle pas de celui qui accepte de se faire marcher dessus pour allonger ses muscles : j’ai mal pour lui. Et fondamentalement, à quoi cela sert-il ?

Mon propos n’est pas de dire non plus, « abandonnons toutes ces postures compliquées ». Il y a une voie juste, au milieu, la vôtre. Elle peut changer tous les jours. Elle évolue. Il faut expérimenter et sentir. Pas venir pour transpirer (on peut transpirer rien qu’en respirant) ou faire comme les autres ou faire du sport. Sentir.

Parlons de mon autre sujet favori le Yoga nidra. Là aussi je lis beaucoup de choses erronées. Bon j’avoue : je bondis parfois. « Le yoga nidra c’est de la relaxation. » NON ! Le yoga nidra c’est LE passage. A votre avis, savasana c’est quoi ?

Le yoga nidra, ce n’est pas du tout de la relaxation. Un des ses effets, effectivement, c’est de vous relaxer. Il ne faut pas définir quelque chose par les effets qu’il induit. Ce n’est pas tout à fait non plus une MEDITATION (Yoga nidra et méditation). La plupart des méditations utilisent un objet de CONCENTRATION (bien entendu certains vont me répondre « mais non il y a des méditations où il n’y a pas de support ». En France, une grande partie des gens qui méditent le font avec des méditations guidées. C’est un support. NB : ce n’est pas parce qu’on médite avec un support que l’on ne médite pas. Il y a plusieurs formes de méditation, à chacun de trouver celle qui lui convienne le mieux.). Le Yoga nidra vous amène à un endroit où il n’y a pas de concentration. D’ailleurs les états de conscience de la méditation et du yoga nidra diffèrent légèrement (Les états modifiés de conscience). Je médite et je fais du yoga nidra : je peux vous assurer que ce ne sont ni les mêmes techniques, ni les mêmes effets.

Le yoga nidra est fait pour tout le monde et notamment ceux qui disent « non non moi je fais du yoga dynamique, faut que ça pulse ».

Il faut persévérer en yoga nidra : car on brise petit à petit toutes les barrières de ses koshas (Les koshas : nos enveloppes) pour aller au-delà, à la rencontre-union de sa conscience et de sa propre énergie-lumière. Si on subit son nidra, si on ne rentre pas dedans, si on tousse, si on entend tout ce qu’il se passe à l’extérieur de son corps, il faut persévérer et recommencer. Citta a pris le contrôle. Rien à voir avec la voix de celui qui vous conduit vers ce voyage intérieur, malgré ce que l’on voudrait penser. En yoga nidra, vous vous voyez tel que vous êtes. On s’affronte, se confronte, on s’accepte et on s’aime.

J’ai mis plus de 6 mois à rentrer dans le yoga nidra. Maintenant pour moi, c’est ce qu’il y a de plus important. Mon yoga est dans cette pratique que malheureusement je ne fais pas souvent par manque de temps. Quand je suis fatiguée ou que j’ai le moral en berne, je plonge en yoga nidra pour aller chercher mes vraies ressources et pour faire émerger mon vrai MOI / SOI qui lui me soutient et me refait doucement re-sourire. C’est aussi par le yoga nidra que j’ai perçu l’importance de ce que nous étions, complètement intégrés dans un plan plus vaste ou microcosme et macrocosme se confondent. C’est en yoga nidra que je vis l’unité avec l’univers, ce qui est bien plus grand et bien plus petit que moi. Mais de cela, nous en reparlerons un jour …

NAMASTE