Note de lecture : « Dormir pour s’éveiller : le yoga nidra traditionnel » de Mathieu

J’ai longtemps hésité avant d’acheter ce livre. C’est tout bête : je possédais déjà les enregistrements de Mathieu en Yoga Nidra (ici) …

Le livre était peu épais et je me disais que je n’allais rien apprendre de plus que ce que je savais déjà. En tous les cas, sur la pratique.

Et puis, j’ai écouté la conférence de Mathieu donné fin janvier à la Librairie Almora (Paris 20ème à côté du Père Lachaise,) et là, je me suis dit : « va falloir que tu y jettes un œil ». Voici le lien sur la conférence Conférence de Mathieu sur You Tube.

Plutôt que « qui suis-je ?, demandez vous « où suis-je ? ». Quelle part de vous est véritablement vous ? Et lorsque vous aurez compris que ce n’est pas vous qui vous endormez durant les séances de yoga nidra, vous saurez que ce n’est pas vous non plus qui venez de terminer la lecture de ce livre …

J’ai adoré ! D’abord le passage sur « fermer les yeux ». Tellement d’automatismes  que la signification réelle de certains mots nous échappe. Et oui ! Il nous est impossible de fermer les yeux. On abaisse les paupières. Car, fermer les yeux c’est nier tout ce que l’on voit sous les paupières closes. Pensez ! c’est vrai il y fait noir mais cet écran est sans limite. Sous nos paupières closes, c’est l’univers entier qui se dévoile. Et puis en yoga nidra, il n’est pas rare que ce sombre laisse place à de la lumière : des flashes, des étincelles, des flammes de lumière. Cette clarté mentale dont on entend tellement parler sur les réseaux sociaux de la part de tous ces « influenceurs » (qu’est ce que c’est bidon comme mot : influenceurs … parfois je me demande dans quel monde on est ?). Longtemps je me suis demandé ce que c’était : la clarté mentale. Mais ne suis je pas claire dans ma vie de tous les jours ?

Quelle confusion ! La clarté mentale, c’est ce calme qui vient après la pratique de yoga nidra ou celle de méditation. Plus fugacement, après vos asanas de yoga. Cette impression de repos de l’esprit. La clarté fait référence à la lumière qui arrive à un moment donné (je dis à un moment donné : tout arrive quand on persévère. Il n’y a pas de règle sur le moment où cela arrive). On dit alors que le chakra du 3 ème oeil (AJNA) s’ouvre.

Bref ! Grâce à Mathieu, j’ai pris conscience que mes yeux étaient grands ouverts et prêts à voir la beauté de ce qui s’offrait. De jour, déjà. La perception des couleurs et de la lumière du soleil. De la beauté de la nature. De ses signes de joie pure. De nuit, avec les étoiles au firmament, cette possibilité cosmique de l’infini. La lumière de la lune. Et puis, je me suis souvenue que pendant ma formation en nidra, Christophe nous parlait de cet écran sans limite, CHIDAKASH, écran du mental. Chidakash, ou Chid Akash (akasha est le 6ème élément, Ether, espace), est l’espace cosmique de l’esprit (Âkhâsha individuel intérieur ou « écran du front »). C’est dans cet espace que sont visualisés et perçus les organes, les pensées, les clichés, les scènes du passé ou de l’actualité. C’est également là que se trouve le champ de visualisation de l’imagination créatrice. L’Âkhâsha constitue, selon les Hindous, la mémoire universelle (cf CHIDAKASH du blog Yantra). Je vous renvoie aussi à ce blog qui en parle joliment et simplement : Fannyogini.

Autre élément intéressant, c’est notre identification aux choses. Mathieu parle d’un élève arrivant en retard et s’excuse en indiquant avoir « crevé ». Nous ne faisons qu’un avec nos voitures ou les biens matériels. Cette identification est intéressante car quand on parvient à lâcher sur la possession et le désir matériel, on se libère déjà d’un grand poids. Certes, le matériel c’est de l’argent, mais le matériel ne crée pas le bonheur. Tout au plus facilite-t-il certaines choses.

Et on en revient à notre ami Descartes qui finalement a bien façonné notre société : Je pense donc je suis. Le JE, ahamkara, l’égo, le principe d’individualité, est poussé à l’extrême à tel point que notre véritable essence, notre JE authentique disparaît. Faire attention aux mots utilisés, se désidentifier des choses pour revenir à l’incarné, le véritable SOI, voilà une étape intéressante sur ce chemin de yoga !

Dans le livre, MATHIEU aborde deux points pour moi importants : le corps et le sankalpa.

Sur le corps, ce qui est intéressant c’est la remarque faite sur la nécessité de ne pas mettre de coussin sous la nuque. Jusqu’à maintenant dans tous les nidras auxquels j’ai assisté et ceux que je fais moi même, il a toujours été indiqué d’être le plus confortable possible. Sauf chez Mathieu, Rod STRIKER et Anne NUOTIO. En effet, il ne s’agit pas d’être le plus confortable possible. Il s’agit de modifier la perception de son corps au sol et le rapport que l’on a avec le sol. Mathieu écrit qu' »il va falloir pacifier la relation corps/sol pour qu’elle cesse d’être douloureuse…… La stabilité du sol va influencer, au cours de la séance, celle du corps, c’est à dire son sommeil qui va lui-même influencer la stabilité du mental. »

Je comprends Anne qui a un jour me demanda de ne rien mettre sous ma tête. Au début, j’étais contrariée mais pas longtemps car j’ai appris en yoga à faire confiance et à expérimenter. Et l’expérience a montré que j’étais allée très loin dans mon nidra, mon corps devenant de simples vibrations un long moment alors que l’occiput me « faisait mal » dans le sens d’inconfortable. Et c’est l’une de ces expériences que j’ai hâte de recommencer avec Anne (sur ma page Mes liens, ma communauté, les gens que j’aime, vous trouverez les coordonnées de Anne)

Je me suis beaucoup exprimée sur le sankalpa (Les bonnes résolutions ou intentions, SANKALPA : le pouvoir de l’intention, La conscience dans le cœur et sankalpa). Je vais y rajouter un élément important. Je perçois dans mon cœur ce qu’est le sankalpa. Pour autant, j’ai des difficultés à le définir et à expliquer facilement à mes élèves ce qu’il est. Mathieu a réussi cela. Et, il m’a aussi fait percevoir la connexion avec ce que dit mon autre professeur, Rod Stryker, sur « a strong and heartfelt desire ». Le sankalpa peut être traduit par « détermination. Ce mot peut être aussi traduit par énergie du désir ».

Et là ! Waouhaaaaa … parfois, c’est tellement simple !!!!! Le yoga est un art. Les mots doivent venir du cœur : c’est là où les concepts difficiles deviennent si évidents. Mais il n’est pas si simple de trouver la bonne voie et de se laisser porter.

Mathieu ouvre encore de belles thématiques dans le reste de son ouvrage. Celles-ci, je les ai moi-mêmes entrouvertes. Je vous laisse le soin d’aller en librairie (et pas sur Amazon) pour aller acquérir cet ouvrage.

Je pense que vous me rejoindrez lorsque je dis que le yoga nidra n’est surtout pas une relaxation. Même si cela attire des élèves et permet de leur expliquer en des termes très simples et accessibles ce que peut représenter le yoga nidra, réduire cette pratique à de la relaxation, c’est passer complètement à côté. Grâce au yoga nidra, j’ai enfin perçu les portes de la méditation et de l’assise en silence et en présence. J’ai perçu où était caché mon SOI et ce qu’il EST vraiment. Ce que je suis. Et cela, aucun livre ne pourra vous le donner. C’est à vous d’expérimenter encore et encore. Et vous trouverez !

HARI OM TAT SAT

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