Une rencontre de cœur à cœur

Parfois il faut du temps. Du temps pour comprendre. Du temps pour mûrir, réfléchir, être. Du temps pour se relever. Du temps pour écrire.

Nous vivons dans une société où le diktat du bien être, l’injonction au bien être, est de plus en plus prégnante. Et violente.

On peut avoir plusieurs niveaux de lecture de cette tendance. Bien sûr que l’atteinte du bonheur est un objectif de tout un chacun. Mais déjà là, dans cette phrase, il y a un biais. Atteinte ? Objectif ?

Qu’est-ce que le bonheur ? Étymologiquement, bonheur vient de bonus augurum, de bonne augure, fatalité heureuse pour devenir félicité, bien-être. Si l’on s’en tient à l’étymologie, le mot bonheur ne dépend pas de l’homme. Dans le dictionnaire, il prendra un sens un peu différent : état de satisfaction durable, stable et complète. Il s’agit d’un état global qui va au-delà du bref contentement. Mais difficile de décrire ce qu’est le bonheur car il se vit de façon individuelle, allant au-delà de l’aspiration commune d’être heureux.

Le bonheur est une fin suprême recherché par tous. Une quête d’un idéal. Un désir. Désir qui a questionné toutes les philosophies et qui par son insaisissabilité a rendu bien des gens malheureux.

Simple ataraxie (absence de trouble) ? ou état intense émotionnel lié à une joie extraordinaire ?

L’histoire n’a pas tranché. La philosophie non plus. Avec le temps, on part d’un bonheur lié à la religion et le suivi des préceptes de l’Eglise, des églises, à une économie du bonheur.

Ce qui est certain, c’est que l’humain oscille, cherche, erre… et parfois vacille.

Qu’est ce que le bonheur ? J’ai ma définition mais je ne suis pas certaine qu’elle soit la bonne … parce que c’est la mienne. Pour moi, le bonheur c’est une rencontre de cœur à cœur. Un état émotionnel très fort, très stable, très loin des questionnements …

Or les questionnements, notre société en est friande. Et a le don de vous faire douter car à bien y réfléchir ma définition ne ressemble pas à ce que l’on trouve partout. Le bonheur serait aujourd’hui liée à une vision extatique parsemé de plaisirs lucratifs, chimères lointaines devenant le temps d’un instant accessibles, assouvissement des désirs de tout un chacun, centré sur une individualité très forte, où le moi l’emporte sur tout le reste … ou ce qu’il en reste.

Personnellement je ne parviens pas à rejoindre cette vision, aussi séduisante soit-elle. J’en éprouve même un malaise grandissant.

Cette économie du bonheur s’axe sur la gestion du bien-être. Or tout le monde le sait, bien être veut dire argent. Je dis cela de façon critique bien entendu. Pour aller bien, pour prendre soin de soi, il faut dépenser.

Deuxième biais : pour prendre soin de soi. Parce qu’en fait, on ne prend jamais soin de soi ? Et c’est là, que tout ce beau monde s’effondre pour moi. Afin de coller aux ressorts de l’économie, on fait croire aux gens qu’ils ne vont pas bien, que seules les émotions positives sont acceptables. Vous êtes en colère ? C’est que vous n’allez pas bien ? Vous vous sentez tendus ? Perdus ? Vous êtes dépressifs. C’est comme si nous devions vivre en permanence dans le monde des Bisounours (que j’adore par ailleurs, et dans tous les sens du terme : j’évite souvent de poser mon regard sur la noirceur de l’âme humaine), un monde Walt Disney.

Il n’y a aucun mal à vouloir être heureux et à vivre dans le bonheur. Bien sûr que non. Par contre, je trouve malhonnête par des discours lénifiants de dire que ce que je propose est top car il va rendre les gens heureux en suivant ma méthode. Pour faire adhérer à ma méthode, je dois d’abord expliquer que tout va mal. Et ce biais là est inacceptable.

Voyez les post Facebook ou instagram, les revues aussi, You Tube. J’ai suivi des vidéos suivants le livre Happycratie de Edgar Cabanas et Eva Illouz (que je vous recommande, j’en suis à la moitié et c’est très intéressant). Parce que You Tube vit de la publicité quand vous ne prenez pas l’option Premium, j’ai eu droit à 4 vidéos portant sur le bonheur que, assurément, j’atteindrais en suivant la méthode proposée me permettant de gagner 20000 euros en quelques semaines (combien ? au passage on ne le sait pas). Hilarant et consternant. Comme si le bonheur était lié à l’argent.

En suivant les préceptes des philosophies orientales, j’assimile l’argent à un désir qui sitôt assouvi va faire naitre un nouveau désir et ainsi de suite, cela n’étant en définitive qu’une succession insatisfaction empilée. A croire que le bonheur ne serait que la succession de souvenirs éphémères conservées sur photos, que dis je vidéos, accumulées sur téléphone et ordinateur qui ne seront plus revisitées. A croire que mon bonheur dépend de la propriété du dernier smartphone ou de la dernière paire de godasses coutant 400 euros alors que sa fabrication n’en aura couté que 15 !

J’en veux beaucoup à toutes ces personnes qui pour vendre un cours, une vidéo vous font croire que parce que vous ne méditez pas sur le deuxième chakra, vous avez perdu toute chance d’évoluer vers la TRANSFORMATION ULTIME ! Que pour aller vers votre soi, vous devez suivre une « sadhana » bien précise.

J’ai fait partie de ces personnes (vous trouverez dans les archives de ce blog des articles sur ma pratique quotidienne) et je réalise à quel point certains mots peuvent avoir du poids même si l’intention de départ était vertueuse.

Comme d’habitude, nous faisons tout à l’excès. Quand on me demande si je pars en vacances, on est étonné de m’entendre dire que ben ouais je vais aller crapahuter dans le Diois et non pas m’envoler pour un weekend magique à Marrakech. Notez que j’aime voyager et que je serais bien curieuse de découvrir Marrakech. Par exemple, le low cost c’était sympa : cela permettait à un grand nombre de partir loin à peu de frais. Maintenant c’est la norme … une norme qui coûte très cher à la planète … et aussi à notre portefeuille car ce sont mes impôts qui soutient Air France (vous me direz mais pourquoi avoir une compagnie nationale ? C’est pas faux mais il y a des raisons politiques, diplomatiques et peut être même de stratégie nationale).

C’est comme avec le yoga. D’abord confidentiel avec cette image surannée que c’était pour les 68tards et les mémés (je ne fais que mettre des mots sur l’image véhiculée jusqu’à il y a peu), le yoga est devenu universel, occidentalisé, capitalisé. C’est devenu un objet économique.

Quand je lis la « littérature » yoga, je me dis que décidément je suis mal dans ma peau, très peu pacifiée et que mon mental tourne à tire-larigot. Bref que je suis MALHEUREUSE. Grand malaise.

Sous couvert d’aller vers le SOI, on fait intervenir le moi individualiste. Ce grand bloubiboulga (je vous renvoie à L’Ile aux Enfants, Casimir quoi ! de mon enfance. Pour ceux qui ne connaissent pas une petite recherche internet s’impose !) individualiste et très violent. Oui violent et qui marginalise.

Nous serions tous à la recherche d’une quête de sens. Les grands manitous à même de vous guider eux, n’ont pas perdu le sens de l’orientation vers votre porte monnaie. Ce sera la grande recherche de Qui je suis ? à qu’est ce que je fais là ? à suis je authentique ? et à pourquoi je n’arrive pas à être joyeux H24 ?

Je ne résiste pas au plaisir de partager ceci avec vous :

On en vient à nier nos sentiments, nos émotions. Certes, il ne s’agit pas de promouvoir l’inaction ou de jeter l’opprobre sur des actions qui peuvent nous aider mais plutôt d’ouvrir les yeux sur ce grand marché de la psychologie positive. Voyez les étalages dans les librairies : ceux sont les livres sur le développement personnel qui prennent de plus en plus le pas sur le reste. Sous couvert de rencontre avec le bonheur, vous devenez de parfaits automates : maison rangée et bien ordonnée, cure de crus, cure de jus verts, yoga pour mincir, cartes d’oracles pour vous guider (à ce propos regardez les toutes en une seule fois, elles ne disent qu’une chose. Ce ne sont pas des lectures de votre avenir mais des paroles pas trop négatives. Pour lire un avenir il faudrait avoir des cartes annonçant aussi tous les malheurs du monde, mais là … ce n’est pas possible : ce serait anti-commercial). J’entends la CNV (communication non violente) mise à toutes les sauces : la première fois que j’en ai entendu parlé c’était il y a 8 ans dans le TGV. A côté de moi se trouvait un cadre du Ministère de la Défense qui travaillait sur son introduction dans les Armées. J’ai écouté une émission de CNV … et j’ai entendu beaucoup de biais, de phrases toutes faites et de fausses informations et beaucoup de pub pour des formations payantes. Et si tout simplement on faisait travailler son cerveau en étant ouvert à tout. Forcément en lisant mon blog, vous voyez mes propres biais même si j’essaie de présenter toutes les facettes d’une question.

Le mot bienveillance est balancée à toutes les sauces. J’ai été trollée (reprise d’une image détournée du véritable message contenu dans la partie écrite) sur instagram par une personne se disant bienveillante pour servir sa propre frustration. Pour moi, cela a été très violent (d’autant que je ne connaissais pas cette personne). J’ai même lu ce matin une personne qui demandait à une bonne âme s’il était possible de lui filer des cours d’anatomie et de philosophie du yoga. Une bonne âme .. sous entendu celui qui ne me les file pas n’est pas une bonne âme.

Alors ? Alors on s’en pose des questions ! Je m’en suis posée en janvier. Un travail d’introspection assez douloureux. Non pas sur le bonheur parce que là-dessus c’est OK pour moi mais sur toute cette injonction au bien être et ses à côtés dont malheureusement le yoga fait partie.

Alors le bonheur, c’est quoi ? C’est une rencontre de cœur à cœur. Durable et en même temps fugace. Qui n’empêche pas des moments d’incertitudes mais qui fait que ceux ci sont moins violents, moins longs. C’est une ouverture à plus grand que soi, en soi et au-delà. C’est une ouverture à l’autre dans ce que l’on a d’authentique c’est à dire de non maquillé, vrai. Cette ouverture peut parfois donner lieu à des blessures car on peut ne pas correspondre à l’idée que les autres se font de nous, ou tout simplement parce qu’on ne correspond pas aux critères de la personne.

Comment on fait ? Je reprendrai les mots de Voltaire : en cultivant son jardin. (et ne le lisais pas comme un repli sur soi bien au contraire !)

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