Yoga sutra de Patanjali : I-30 Les obstacles à yoga

C’est vrai, j’écris un peu moins qu’il y a un an … non pas que j’ai envie de délaisser ce blog .. mais il y a tant à faire. De fait, aujourd’hui je repense à pas mal d’articles écrits que je pourrais modifier … un peu … voire beaucoup … sur la pratique, ma dynacharya ayurvédique …

Parce que le boulot me demande beaucoup et parce que les cours que je donne sont autant de moments où je ne peux pas pratiquer, je ne dépose mes pieds pour une pratique physique que deux fois par semaine. Cela me manque beaucoup mais je compense par la marche et le cardio. Je vois souvent sur internet, FB ou les titres des magazines des intitulés somme toute assez culpabilisants sur ce que doit être le professeur de yoga.

Bien entendu, tout cela est un idéal, faux. Tout comme le magazine Elle nous a bassiné avec des mannequins à taille improbable comme étant l’idéal de beauté que malgré nous nous essayons d’atteindre (en tous les cas jusqu’à un certain âge). Bref, le prof de yoga qui fait sa routine tous les jours, donne des cours tout le temps, enregistre sur son école online et écrit des posts inspirants sur les réseaux sociaux …. cela n’existe pas. Et j’irais même jusqu’à dire qu’il ne faut pas essayer de ressembler à cette image. Vous y perdriez efficacité, vitalité et énergie et envie.

Depuis le confinement, j’ai arrêté de mettre mon réveil (sauf exception genre quand je dois prendre un train tôt). Je me réveille avec mon horloge interne. Le problème de l’horloge interne c’est qu’elle ignore le changement d’heure que nous nous imposons 2 fois par semaine. L’heure d’hiver est donc devenue difficile pour moi : je ne me réveille plus à 6h. Bilan : je médite moins, je chante moins, je me lave moins le nez avec un neti, j’ai moins le temps de me préparer un jus détox.

Et pourtant tout va bien. Alors ? Je vous invite à venir regarder du côté des sutra 30 à 39 du premier pada des yoga sutra de Patanjali. Les obstacles sont décrits au I-30, leurs conséquences au I-31 et les moyens de les éliminer jusqu’au I-39. Aujourd’hui, nous nous arrêterons sur le sutra 30.

I-30 Vyadhi styana samshaya pramada alasya avirati bhrantidarshana alabdhabhumi katva anavisthitatvani chitta vikshepas te antarayah – La maladie, l’abattement, le doute, la tergiversation, la paresse, l’attachement aux habitudes, l’illusion, le découragement ainsi que l’inconstance, tels sont les obstacles qui dispersent la conscience

Le plus dur c’est de reconnaitre. Pas de reconnaitre pourquoi on a le mental dispersé. Mais plutôt ce qui va y contribuer. Quand on s’engage dans la pratique du yoga, on se rend assez vite compte, notamment avec la respiration, que l’on peut arriver à se centrer et à se sentir mieux. Mais je dois dire que notre société actuelle et le monde dans lequel nous vivons ne contribuent pas à l’apaisement du mental malgré toutes les heures passées sur un tapis. La pratique doit s’intégrer en soi, vraiment, et permettre de percevoir à quel moment on va subrepticement basculer. C’est à ce moment là, que les enseignements prennent enfin leur ampleur.

Qu’est ce que la maladie, l’abattement, le doute, la tergiversation, la paresse, l’attachement aux habitudes, l’illusion, le découragement ainsi que l’inconstance ?

Quand le corps est malade, c’est tellement facile de laisser le chemin de côté. La souffrance nous écarte à la vitesse grand V, la préoccupation aussi. Prendre soin de soi est donc un des premiers grands aspects à prendre en considération. Je ne vais vous donner aucun conseil sauf celui d’écouter le plus possible pour se comprendre encore mieux. Vous écouter vous vraiment en tout premier. Et déjà à ce stade, il faut faire preuve de clairvoyance. Prace que lorsque l’on souffre dans son corps, on essaie beaucoup de choses pour ne plus la ressentir et parfois on se dirige vers les charlatans. Et il en fleurit de tous les côtés sur le net vous promettant de vous guérir avec tel cristal, telle herbe ou huile essentielle. Je ne dis pas que cela marche. Je dis qu’il faut savoir où vous mettez et les pieds et votre confiance. Moi, je me suis faite avoir pour mes migraines. Ceux qui en ont savent à quel point cela fait mal et combien c’est handicapant. J’ai essayé plein de trucs, suivis des tas de conseils. Mais ils allaient à l’encontre de mon instinct qui me disaient que c’était mon foie qui était en cause. Je pense avoir enfin trouver la personne qui comprend le plus l’origine de mes migraines. On a entamé il y a plusieurs mois un long boulot. Cela passe par une très grande observation de sa façon de vivre, de ces moindres blocages, physiques, émotionnelles, de comment on dort, mange, bouge. C’est long, ça peut aller et venir et c’est troublant parce que on ne veut pas entendre certaines choses. Il faut donc que cela fasse son chemin. Résultat : moins de migraines et moins intenses.

L’abattement est le second obstacle. Je pense que cet abattement on le ressent aujourd’hui plus qu’avant dans la société : fin de covid, guerre en Ukraine, crise de l’énergie, crise environnementale, crise économique. Même si c’est le printemps, et que les cœurs sont peut être plus légers car on a enlevé le masque, dire que les esprits sont enjoués et positifs serait mentir. Bien sûr, certains ont cette aptitude à être plus alertes mais il y a aussi peut être cette condition inhérente à l’acceptation de ce qu’est la « destinée ». C’est le destin. La tendance inverse serait de dire que si on ne fait rien, on ne s’en sortira pas. Dans le yoga, on entend souvent, c’est le karma … truc que je déteste au plus au point. Cela signifierait que il n’y a rien à faire et qu’on peut baisser les bras : à ce moment là, je dirais aussi que ce n’est pas la peine alors de venir dans un cours de yoga puisque par essence le yoga c’est aussi tenter de sortir du samsara, le cycle des renaissances où le karma nous guide. C’est comme dire à quelqu’un qui a peu d’élèves (mon cas) qu’on a les élèves qu’on mérite. Peut être mais j’y vois aussi des raisons objectives : mauvaise publicité, choix de ne pas faire de cours en studio, pratique d’un style qui par le nom même n’évoque rien dans l’esprit des Français tant qu’une rock star ne s’y sera pas mise … A l’opposé de l’inertie, on trouve la pensée néo libérale qui pousse à faire toujours plus, plus haut (cf Trop plein de bien-être ! et épisode du podcast Au fil du Yoga sur la dictature du bien être https://youtu.be/Inp_k1cDYJo ). On comprend déjà à demi mot que la juste attitude se placera quelque part vers le milieu.

Le doute est un des maux qui nous retient soit au mieux sur place soit nous tire en arrière. ce doute peut être issu des deux obstacles précédents. Et il s’analysera aussi comme un manque de confiance, cette confiance dans ce que nous faisons, notre quête, de comment nous le faisons, de qui nous sommes. C’est aussi LE super argument commerciale de retraite, formation, cours. Vous redonner confiance. Le doute nous empêche de faire. C’est en partie vrai. Mais l’excès de confiance est aussi à l’origine de l’orgueil et de l’excès tout court. Par exemple quand on débute prof de yoga, on ne sent pas sûr : parce qu’on veut donner un bon court et qu’il y a des choses qu’on n’ose pas faire. A l’inverse, par excès, certains vont se lancer dans un cours sans tenir compte de ses élèves. Ou bien balancer des termes en sanskrit pour faire « vrai » sans savoir ce qu’il y a derrière (mon thème favori, le yoga nidra qui est transformé en une basique relaxation). C’est ce doite qui me pousse à explorer les méandres de la philosophie indienne. Mais je doute tout le temps, donc cela me ralentit. parce que je vais vouloir aller explorer un mini concept pour essayer de comprendre un truc bien plus important. Cela m’agace quand le prof te dit « je ne peux t’expliquer, tu comprendras car tout est déjà là. » Mais c’est quoi ? Pour de vrai, il a raison mais purée parfois cela te prend des mois à saisir. Encore une fois, le juste milieu : le doute te questionne jusqu’à un certain point et te permet d’évoluer. L’excès de confiance ne te permet plus d’avancer. Se pose alors la question de faut il tout le temps avancer ? Il y a un moment où quand on est bien, on est installé dans qui l’on est, cette progression deviendra invisible voire minimale. Elle sera toujours là, car notre environnement ne nous permet pas de rester dans un environnement stable qui permette cet équilibre interne, hors si on va dans un monastère et qu’on s’éloigne du bruit du monde ou bien si l’on devient un Etre Réalisé. Cela doit exister encore aujourd’hui mais je ne pense pas que l’on puisse tous y parvenir. Je pense parce qu’on ne s’en donne pas totalement les moyens et peut être l’envie, car cela suppose aussi des sacrifices et nous avons nos attachements, nos conditionnements : par exemple, nos enfants ou nos parents.

Du coup nous tergiversons sans cesse. C’est fatiguant ? Nous ne cessons de nous poser des questions : nous sommes comme paralysés, incapables de quoi que ce soit. Et cela rejoint ce que j’ai dit plus haut. C’est pour cela que beaucoup de professeurs disent d’écouter puis de faire silence. Viendra ce qu’il viendra. C’est dur à accepter : ne rien faire et s’asseoir. Méditer est le meilleur moyen que je connaisse pour faire partir ces tergiversations, pour amener une plus grande clarté/ clairvoyance. Vous vous souvenez Arjuna sur le Kurukshetra dans la Bhagavad Gita : paralysé, assailli par le doute. Que faire ? Agir en étant détaché des fruits de l’action.

La paresse peut naitre des obstacles précédents. On peut aussi se sentir bien en définitive dans une posture où l’on ne se sent pas bien. A se dire que jamais on y arrivera, on peut aussi tout abandonner. La stupeur mentale donne à la paresse un goût agréable.

L’attachement aux habitudes naît de la paresse et nourrit la paresse. On se ramollit. C’est assez difficile de savoir à quel moment une habitude nous cloue sur place et nous empêche dans notre évolution dans notre quête spirituelle. L’attachement est compliqué : on est attaché à sa vie, son confort, sa façon de penser. Cela crée des incertitudes et l’homme n’aime pas l’incertitude. C’est aussi pour cela que l’on aime la permanence. la seule chose qui est sûre, c’est notre finitude. Le reste n’est pas permanent. L’impermanence n’est pas confortable. Je pense qu’il faut des habitudes car il faut du temps. par exemple, méditer n’arrive pas comme cela d’un claquement de doigts. Cela suppose la mise en place d’un rythme et d’une certaine « ascèse ». C’est vrai que l’habitude enfonce dans un certain train train. Par exemple, on peut se poser la question de la routine « asanas » : faut-il toujours faire les mêmes postures ? Changer ? Des fois oui des fois non. Chacun va trouver son équilibre. Mon amie Anne fait de l’ashtanga. par définition, l’ashtanga est une succession de postures qui ne varient pas. Elle y trouve la méditation : son corps sait ce qu’il fat faire. Il n’y a plus de mental. A contrario, pour moi la variété est parfois hyper importante pour dompter mon mental. et d’autres fois pas du tout. Mon prof, Rod Stryker, dit qu’il faut faire le même yoga nidra pendant 40 jours consécutifs pour passer à un autre nidra. On pourrait penser que cela crée une habitude : lui y voit justement une façon de se déstructurer pour refonder de bonnes bases.

L’illusion nait de nos envies. Nos actions réalisées sous le joug de nos envies, des nos attachements, réalises presque inconsciemment , sans retenue ni contrôle créent des samskara (des empreintes quasi mémorielles dans nos cellules et notre énergie) qui nous désorientent. On a lors l’impression que le monde sensible et les expériences qui en relèvent sont l’unique réalité. On en oublie qu’il peut y avoir une réalité au delà de ce monde. Ce sont alors nos sens et nos émotions qui nous contrôlent et font obstacles à la quête spirituelle en voilant la Réalité. La réalité perçue sera faite de biais issus de notre fabrication mentale.

Le découragement va naitre de notre incapacité à atteindre notre but. Poser un but dans le monde sensitif est bien plus facile à faire que poursuivre une quête spirituelle car il fait s’abandonner à l’inconnu. Et le voyage peut être long avec de nombreux obstacles. Cette inconnue décourage, on se dit qu’on n’y arrivera jamais. On a besoin de points de comparaison pour savoir. Et de fait, cela qu’il faut abandonner. Abandonner l’idée de ce que c’est. Quand je lis des livres ou que j’entends des gens parler de leur chemin, je me dis à chaque fois que c’est merveilleux ce qu’ils vivent, que cela a l’air super facile. Que c’est comme un conte de fée. Des recettes on en trouve des milliers et pourtant seule la nôtre nous permettra d’avancer (et d’arriver au bout !). Quand vous lisez des trucs sur mon blog qui ressemblent à des trucs sympa à faire du point de vue spirituel, n’y voyez que le récit de ce que je fais moi. Ce n’est pas forcément la bonne recette pour vous. D’ailleurs pour moi, la recette change souvent au fur et à mesure que je progresse (ou régresse d’une certaine façon). Ne vous découragez pas à faire ce que je fais : je suis sûre que je ne parviendrais pas à faire ce que vous faites. Voyez y un partage d’expériences. Un partage tout court qui est l’essence affichée par ce blog depuis le tout début. A moi, il me sert de journal de bord où je consigne des trucs appris, des réflexions. Et puis chacun détermine son but. Pour certains ce sera une rencontre avec Dieu, avec l’amour, avec l’ambroisie qui coule du lotus aux mille pétales de notre cerveau. sans vraiment savoir ce que c’est. En fait on a envie d’être réalisé, « illuminé », sans savoir ce que c’est. Essayez de trouver dans le blog une définition nickel chrome, facile à appréhender de « samadhi ». Je suis incapable de vous en donner une précise. Pourtant je sais que j’ai eu des instants de samadhi. mais mon ressenti masque déjà la plénitude de ce que c’est et les mots ôtent la saveur même et l’infini palettes de couleur que cela recouvre.

Du découragement peut naître l’inconstance. La plus simple, celle qui est à la base même de yoga, c’est l’inconstance du mental : citta vrtti. Vous avez 10 000 projets et vous ne les menez pas à bien : c’est l’inconstance. Par exemple, j’ai 4 livres en cours. C’est de l’inconstance. Et je le sens car quand j’y pense je deviens fébrile. Je me mets une pression. Je me dis : pour parler de ça en cours ou sur le blog ou sur le podcast tu dois avoir lu ça. En plus, je me suis lancée dans mon niveau 2 de Forrest Yoga où on a une foule de livres à lire et à commenter. Le contraire de l’inconstance c’est bien entendu la concentration. Cela vous rappelle quelque chose des étapes de yoga ? Dhyana et dharana. Et puis aussi vayragya et abhyasa.

Ces obstacles recensés par Patanjali vous en entrevoyez déjà les conséquences. mais de cela nous parleront la prochaine fois !

2 réflexions au sujet de « Yoga sutra de Patanjali : I-30 Les obstacles à yoga »

  1. C est difficile parfois de maintenir une routine complète avec tout ce dont on rêve et tout ce dont on a besoin . Parfois je sens cet abattement, cette paresse liée aussi au fait qu avec l âge le corps devient moins performant, pour ma part , j ai cette sensation d avoir reçue une greffe de gras autour des hanches depuis la ménopause… et ce détail gênant me décourage parfois , puis je me dis que c est ridicule , que je fais toujours du 36 38 , plutôt 38 et qu a bientôt 57 ans il est temps de s accepter a l instant T . Et puis je suis si chiante quand je ne pratique pas que c est surtout ça qui me motive à replonger plus ou moins loin , plus ou moins intense , dans ma routine matinale , si matinale pour les horaires de la métropole… je me lève encore vers 5 h ou 5 h 30 et j avoue qu c est moins évident ici qu avec le belle lumière de l océan indien.
    Merci de vos articles qui offrent un espace d échange , on se sent moins seule

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Mélodie, sachez que tous vos messages me font très plaisir et me vont droit au coeur ! Jusqu’à il y a 1 an je le levais à 6h. Je n’y arrive plus, je suis trop fatiguée. J’apprends à lâcher pour me préserver. L’heure d’été est la plus belle pour moi. Peut être que mon corps va se réveiller ! plein de gratitude !

      Aimé par 1 personne

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