Etude des yoga sutra : I-31, les compagnons de la dispersion mentale

I-31 Duhkha daurmanasya angamejayatva shvasaprashvasa vikshepa sahabhuvah – La souffrance, l’angoisse, la nervosité, une inspiration et une expiration accélérées sont les compagnons de cette dispersion mentale

Dukha : douleur, souffrance
Daurmanasya: pensée négative, frustration
ejayatva : angoisse
Svasa : inspiration
Prasvasah : expiration
Viksepa : distraction, inattention

Les 9 obstacles que nous avons vu auparavant s’accompagnent de 5 de plus.
Intéressons nous un instant sur DUKHA. La traduction de douleur ou souffrance est inadéquate. Il faut comprendre la dimension du terme avec son étymologie : DU + KHA.

DU c’est ce qui n’est pas plaisant, inconfortable.

KHA c’est l’ESPACE (comme dans AKHASA). Alors DUKHA devient cet espace inconfortable où l’espace mental et physique se remplissent d’impureté indésirable et perdent leur consistance. Le premier espace auquel l’on pense c’est l’espace du cœur HRIDAYA. DUKHA ce n’est pas forcément quand je me tords physiquement de douleur mais c’est cet inconfort qui va naitre et grandir de cet absence d’espace. Nos histoires, nos idées, nos maux physiques viennent progressivement nous brouiller, nous diluer. Nous devons obséder par exemple par des idées. Par exemple, les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux pour moi sont DUKHA. Cet espace est à la fois pourvoyeur bonnes choses comme de restrictions et d’énervement. La semaine dernière je réagissais à un article de Jean Marc Jancovici sur Facebook. Que n’avais je pas dit ! Je me suis faite incendiée par des pro- Marine Le Pen sur un ton injurieux et calomnieux. D’habitude je laisse tomber mais là j’ai répondu. Et plus je répondais plus mon espace se réduisait et cela créait une espèce de stress. Il m’a fallu un certain temps pour récupérer une certaine ataraxie (au premier sens du terme : tranquillité de l’âme, selon la racine grecque, sans aller plus loin dans les concepts philosophiques). L’espace du corps s’était replié, l’espace du mental se focalisait uniquement là dessus, l’espace du cœur saignait.

Le désir que nous éprouvons pour un éveil spirituel nous pousse à pratiquer mais la distraction induite par la douleur ne nous permet pas de pratiquer sans interruption. Alors nous nous agitons. Nous nous en voulons et nous en voulons aux autres. Commence ce que j’appelle l’auto-flagellation ou le syndrome de Caliméro. Ce que je fais est nul ! Je suis nul(le) ! N’y voyez pas quelque chose de péjoratif. Bien sûr que nous sommes conditionnés : par notre milieu social, notre éducation parentale, notre famille, par le milieu éducatif, par nos amis et notre boulot, par l’endroit où nous vivons, par la société en général. Et puis il y a aussi notre responsabilité. On ne se fout jamais la paix. Jamais. On veut plus, toujours plus. Il n’y a pas de finitude à notre satisfaction. Et on s’enferme dans notre propre prison mentale.

C’est pourquoi, je pense que ce sutra, il faut le mettre en lien avec Carpe diem, ou le non attachement / détachement, ou le silence. Le mot exact peut être n’existe pas. En tous les cas, je ne sais lequel utiliser.

Hier, je disais dans mon article La paix que le silence était un espace qui avait son propre son. Et bien c’est cela. Sortir du brouhaha de nos vies. Rechercher cette stabilité de l’âme. Cela ne signifie nullement « apathie ». Mais c’est le contraire de l’agitation mentale qui va être le terrain d’un mouvement de colère et d’animosité. Il n’y a qu’à regarder autour de nous : gilets jaunes, mouvement contre les vaccins, les mesures de confinement, les luttes partisanes au moment des élections présidentielles. Beaucoup de colère et d’animosité. Maintenant sachons reconnaitre ce qui nous ennuie ou nous ronge … Bien sûr que je ne comprends pas la réaction de certaines personnes et cela me perturbe. Suis-je dans l’erreur ? Sont-ils dans l’erreur ? On est en colère parce que nos valeurs sont atteintes. Mais sont-elles plus valables que celles d’une autre personne ? En yoga, toutes ces interrogations disparaissent. Disons aussi qu’à travers tous ces siècles, les yogis ne se sont pas posés de question sur le devenir de l’humanité. Je pense aussi que l’angoisse qui nous tient vient aussi du fait que nous avons plus de facilité (notamment technologique) pour nous rendre compte de ce qui se passe à l’échelle mondiale.

Par contre, les manifestations de cette angoisse restent les mêmes. Notre corps monte en stress et la réponse respiratoire suit : une inspiration et une expiration qui se diluent et qui deviennent anarchiques, désordonnées. Plus l’agitation mentale va s’accentuer, plus les pauses respiratoires seront importantes. Et oui, nous sommes en apnée. Observez vous quand vous commencez à bouillir ! Et observez à quel point l’espace se réduit ! Le déséquilibre s’accentue ! Nous souffrons de ce déséquilibre, de cette frustration, de désespoir (ou perte d’espoir).

La solution ? Elle viendra avec les autres sutra mais vous pouvez déjà en devinez certaines !

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