Pourquoi suit-on une formation de prof de yoga ?

Il y a peu j’ai posé une question sur Facebook. Ou plutôt j’ai posé deux questions :

« Bonjour, j’aimerais savoir ce qui a motivé les personnes qui ont choisi de suivre une formation de professeur de yoga. Dans le cas où vous enseignez, pourquoi ? Merci. Je pose ces questions car j’aimerais écrire un article sur enseignement et transmission. Je sais que votre premier mouvement sera de me dire que vous souhaitiez aller plus loin et que vous aimez partager. J’aimerais aller au delà .. »

Pour moi les questions ne sont pas anodines et j’ai eu de très belles réponses, parfois très personnelles, qui montrent que le yoga est d’abord un engagement. J’avoue que j’aurais voulu avoir plus de commentaire sur la distinction entre enseignement et transmission mais je pense avoir mal posé la problématique et aussi que pour beaucoup enseignement et transmission sont la même chose. J’y vois une différence que j’aborderai dans un article prochain (d’autant pus que c’est le sujet du prochain podcast qui sortira début mai).

Pourquoi des pratiquants de yoga franchissent le pas et suivent une formation de prof de yoga ? Une grande proportion de pratiquants suive une formation a minima de 200 h (le cadre régulier de ce qui est proposé) afin d’exercer ensuite la profession de prof de yoga ou bien pour donner quelques cours.

Effectivement, l’univers du yoga s’est doté de formations certifiantes pour devenir prof de yoga. Je dirais que dans les années 80, il existait certainement des formations mais elles concernaient très peu de personnes. Je pense également que les personnes qui se lançaient dans cette voie étaient des pratiquants au long cours, qui avaient derrière eux plusieurs années de yoga. Avec la mode du yoga (parce qu’il s’agit bien de cela, comme il y a eu la mode du fitness, du pilates – et quand je dis cela ce n’est pas négatif), sa démocratisation, les modes de « formation » ont évolué. Les américains l’ont bien compris et c’est pourquoi Yoga Alliance s’est érigé en certification incontournable des formations de prof. Pourquoi ? Il n’y a pas de diplôme. Le diplôme est le terme utilisé pour tout ce qui relève de la reconnaissance de l’Etat : on a un diplôme universitaire qui donne un titre. Un certificat justifie juste que vous avez suivi un certain nombre d’heures de cours. Je précise que le yoga fait l’objet d’un enseignement particulier à l’Université de Nancy.Est-ce un bien ? est-ce un mal ?

Quand je vois le torrent d’insultes fleurissant sur les formations 200 h, je me dis que « ahimsa » a encore de l’avenir. Une formation de 200 h est un début. Elle délivre d’abord et surtout un bagage sur les postures avec un peu d’anatomie et un peu de philosophie.

Apprend-on à devenir prof ? Non. Mais apprend on à devenir policier ? Juge ? Commercial ? Non. On vous donne des bases et après c’est l’apprentissage sur le terrain : l’expérience.

J’ai commencé par une formation de 200 h. Qui était super (même si cela n’a pas été facile). Est-ce qu’en sortant j’étais un prof ? J’en savais un peu plus qu’un pratiquant mais … Il faut bien commencer. Je crois que le clivage vient ensuite du fait que des professeurs se satisfassent de cette certification de 200h.

Le cadre de 200 h a le mérite de poser les choses même s’il n’est pas suffisant. Il commence quelque chose. Ce qui est plutôt dommage, c’est cette allégeance à une organisation américaine qui vous donne un macaron, espèce de sésame magique mais qui ne dit rien du sérieux de votre formation. C’est de la quasi auto-certification qui n’est jamais vérifiée !

Ce sont les heures de pratique personnelle, les formations supplémentaires et le l’action d’enseigner qui vont façonner le professeur. On a tous entendu parler de ce professeur qui ne corrige jamais ces élèves ou qui délivre un cours de postures gymniques sans tenir compte du niveau ou du corps de ses élèves, de celui qui n’explique jamais rien, de celui qui se regarde faire les postures … c’est caricatural mais cela existe. J’entends aussi beaucoup de choses sur faut il savoir faire la posture pour l’enseigner ? Je répondrai : faut il être champion olympique de natation pour entrainer un nageur ? Tous les entraineurs de foot ne sont pas des cadors du ballon. Donc pas besoin de savoir faire des postures alambiquées pour enseigner le yoga. Comme il est possible d’enseigner le poirier sans savoir le faire. Il s’agit d’être attentif au ressenti des élèves, les observer, sentir dans son corps ce que l’instruction crée.

Les réponses obtenues sur les raisons qui ont poussé un pratiquant a poussé les portes de la formation sont multiples : nécessité d’avoir un certificat (demandé par exemple par un studio) pour pouvoir enseigner, en savoir plus, approfondir ses connaissances, aller plus loin. Le résumé peut sembler réducteur mais il ne l’est pas car derrière vous entendez les histoires de chacun. Ces histoires se confondent avec celles du Pourquoi est ce que je fais du yoga ? Blessures, maladies, détresse psychique : le yoga est un chemin thérapeutique. C’est une des motivations premières qui est ressortie des témoignages des personnes qui m’ont répondu. Chemin thérapeutique d’abord par l’apprentissage du corps, de son corps, le fait de retourner en soi, de s’écouter, d’apprendre à faire en harmonie avec le corps. De bouger aussi, différemment. Puis l’apprentissage (ou le dés-apprentissage justement) du mental : apprendre ou comprendre comment lâcher avec son mental. S’apaiser. Le besoin de suivre une formation est aussi une façon de lâcher : on laisse la place au mental le temps de la formation, on le nourrit, on le sature pour ensuite lâcher. La formation est une façon de répondre aux pourquoi et aux besoins de savoir un peu plus, d’en savoir un peu plus, de se compléter.

Ceci pousse de façon impérieuse à enseigner pour partager ce que beaucoup s’accorde à décrire comme un « cadeau ». Être professeur pour délivrer ce qui a « sauvé » (car beaucoup ont insisté sur l’aspect salvateur du yoga). Mais aussi une évidence.

En fait c’est dur de vraiment mettre un mot sur ce qui « pousse » à suivre une formation. On connaît ses motivations pour lesquelles ont fait du yoga ? Mais pourquoi une formation , hormis ceux qui visent à enseigner ?

Prof de yoga n’est pas mon métier. Souvent même, je n’arrive pas à entrer dans la peau de l’enseignant qui mène son cours. Syndrome de l’imposteur. Celui de délivrer quelque chose qui ne répond pas aux attentes des personnes qui sont avec moi. Celui de ne pas délivrer ce qu’est vraiment le yoga : comme si je n’étais pas à la hauteur de ce qu’est le yoga.

J’ai suivi ma première formation parce que je voulais savoir ce qu’il y avait au-delà des postures. J’ai suivi ma seconde formation de 200h parce que je voulais suivre mon enseignant et continuer de me nourrir. Et je poursuis encore mes formations pour approfondir mon simple savoir et l’appliquer (par exemple l’anatomie et la médecine chinoise traditionnelle), pour approfondir ma réflexion (tout l’aspect philosophie), pour ouvrir ce qui est encore sous l’emprise du mental (la musique, le chant, les mantras). On ne pousse donc pas forcément les portes d’une formation pour être prof (bien que le désir de partager soit immense) : on le fait aussi pour soi.

Ce qui compte pour suivre une formation de yoga c’est le sérieux de la structure où sera dispensée cette formation. Le professeur. Une formation c’est cher ! Oui car les formations constituent de fait la principale ressource du professeur (parce que c’est pas avec 40 euros de l’heure avant impôts qu’un prof peut aller bien loin). Le choix aussi bien entendu du style. Et puis de ce que vous voulez faire si vous le savez déjà.

Un petit mot sur les différentes formes de 200 h : un mois continu, 200h sur une année, en ligne pas en ligne. Un mois intensif c’est physiquement et mentalement fatiguant. Cela essore. Ce qui est une bonne chose. Mais c’est du rapide aussi car on n’a pas le temps de s’imprégner, de faire mûrir ce que l’on a appris. Parfois, le format sur le weekend peut être jugé pas assez intense. Cela se discute car c’est le groupe qui va créer l’intensité, ce qu’on met dans le partage avec ceux qui suivent la formation. Ce qui est certain c’est qu’on met du temps à acquérir et intégrer. On évolue avec la formation : fondamentalement vous êtes toujours la même personne mais ce que vous êtes va s’affiner, d’autres facettes de vous vont émerger.

Réfléchissez aux raisons qui vous poussent à suivre une formation et vérifier le contenu de votre formation. La présence d’un manuel n’est pas nécessairement utile. Ce sont vos notes qui vont compter, ce à quoi vous allez vous ouvrir. En anatomie, ce ne sont pas les muscles ou la formation des os qui vont compter mais en quoi la connaissance de l’anatomie va vous aider. Vérifier qui va vous enseigner cette matière et sous quel angle. Y-a-t-il des livres à lire ? Je veux dire des textes sur le yoga ? Avez vous un mémoire à produire ?

Dans ma première formation 200h, nous nous donnions cours entre nous. C’était déjà une épreuve. Dans la seconde, on donnait des cours gratuits à des extérieurs sous la supervision du prof enseignant : carrément impressionnant. Le choix de la formation en ligne n’est alors plus vraiment pertinent. La formation en ligne est intéressante en seconde intention quand vous avez déjà les bases et tout dépend de ce que vous approfondissez. J’ai fait pas mal de formations complémentaires en ligne mais toujours en direct (pour poser des questions à l’enseignant). Vérifiez aussi votre habileté dans la langue dans laquelle la formation est donnée : si c’est en anglais, il vous faudra savoir donner un cours en anglais (c’est pas grave que votre accent soit bien français, ce qui compte c’est que vous soyez compris).

Réfléchissez c’est vrai mais pas trop non plus ! Comme beaucoup me l’ont dit, c’est aussi un instinct profond qui pousse chacun sur ce chemin. Et ce qui compte le plus c’est son authenticité !

5 réflexions au sujet de « Pourquoi suit-on une formation de prof de yoga ? »

  1. J ai adore suivre le cursus de 200 h à Mysore , d ailleurs j ai été volontaire pour redoubler deux années de suite , l immersion de 3 mois a à chaque fois a été intense et c est des années plus tard que j ai réalisé tout ce que j avais appris , je dirais , malgré moi
    J aimé enseigner, cela me manque depuis que je vis en métropole d enseigner avec des élèves dans la même pièce que moi , j enseigne et j apprend en ligne , lentement , à ma manière , très lentement . Je rêve de faire un stage ou de refaire une formation de 200 ou 500 heures …

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    1. J’ai refait une formation 200h juste avant et pendant le covid. C’était genial ! et 3 formation de 50 h environ. Depuis 1 an rien et ça me manque. Je vais peut être repartir 9 jours en janvier en GB pour suivre mon prof même si reparler en anglais me fait peur. Je vais voir parce que prendre l’avion me pose un pb de conscience. L’enseignement me pèse, peut être parce que je n’ai que des cours particuliers avec des personnes âgées et que cela me prend du temps.. je m’éclate plus sur les ateliers de 2h que je donne 1 fois par mois. Certainement parce que cela fait trop avec mon boulot et cela me frustre terriblement. Mais je vous comprends ! J’espère que vous arriverez a donner des cours en personne et a trouver un stage /formation en direct qui vous remplira. En novembre prochain (19 et 20 novembre) mon prof Jambo vient pour 2 jours d’ateliers à Marseille. Si cela bous dit. Je ferai bientôt la pub sur le blog.🌟

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  2. Et puis j aime lire vos articles meme si j écris peu. En ce moment… je m exprimé avec les arts plastiques, un média que je pratiquais en minuscule et qui prend actuellement sa majuscule…enseigner c est apprendre soi même si on écoute bien les silences .merci de vos textes et de vos questions

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    1. Je vous remercie infiniment pour ce message … et tous les autres. J’ai peu de retours et ça aussi cela me fait ruminer. Peut être parce que quand j’aime je le dis sans retenue .. et du coup je ne comprends pas. J’écris comme je parle : je veux dire je suis du sud et c’est mon mode d’expression. Vous c’est différent ce sont les arts plastiques. C’est votre mode d’expression. J’ai toujours admire les artistes parce qu’ils sont différents de moi justement. C’est génial ce que vous faites parce que vous vous trouvez. J’aime les interstices de silence peut être plus que les plages de silence. Les interstices pour l’espace qu’ils me donnent. Les plages de silence c’est là où je rêve le plus ! et puis en ville, le silence a toujours un bruit !

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      1. Les silences sont si parlants .depuis peu j expérimenté ce média , avant , la danse était mon média.parfois danser me manque encore , le côté instinctif et physique m appele encore à certaines heures.j ai écrit beaucoup de poèmes que j ai laissé disparaître à leurs sorts éphémères. Le manque de réponse , c est comme si on s adressait à l infini …j ai l impression que mes médias , danse ou papier , mouvement et couleur , me laisse encore et encore face à l infini

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