Yoga féroce ou coup de gueule ….

« Mon Dieu  ! Mais pourquoi fais-tu du yoga ?

Oh oui mais je veux quelque chose de dynamique où je transpire ?

Ah non non c’est un truc de vieux … c’est lent, non ?

Tu vas tomber dans une secte ! Fais gaffe !

Le yoga nidra ? Pfffuuuuiiiitttt ! C’est pour se reposer ….

Ah ouiais c’était top : en baddha konasana j’ai les genoux qui touchent le sol maintenant ! Ma prof pour m’aider a bien prendre la posture a grimpé sur mes cuisses. Ah ! L’étirement …

Moi tous les matins, je médite 1h, je nettoie mes chakras, et puis je prépare un délicieux smoothie avocat bio du Pérou, chou Kale de Californie et Kombucha. Ensuite je m’enduis le corps de cette délicieuse huile de pimprenelle bio du fin fond de l’Himalaya forcément très porteuse d’énergie spirituelle et pour mes prochaines vacances je pars faire une formation de 200 h à Bali. Délicieux ! Et je suis végétarien, et ne porte que du bio.

Legging à 90 euros, brassière assortie (taille 80 A) à 55 euros. La sangle en chanvre bio à 30 euros. Achetez les encens sanctifiés à 10 euros les 5 bâtons.

Ah non non! Lui je ne l’accepte pas dans mes cours : il a un air louche, pas clair … »

Des comme ça, je crois que j’en attends ou j’en lis tous les jours. Cela devient lassant. Intolérance, stress, fausse image de soi, image de la healthy attitude. Le yoga devient hyper commercial, cela n’a échappé à personne. Très tendance, très consommation de masse. Le message se perd tout doucement. C’est un peu la bataille entre les anciens et les modernes… Le yoga doit-il évoluer ? Ou bien restera-t-il immuable malgré tout ?

Honnêtement ? je n’ai pas de réponse. Ce que je vois c’est la tendance hyper naturelle de la société à venir un peu plus incruster l’hyper consommation dans une pratique spirituelle bien éloignée de ces travers. Toujours plus. Le yoga comme business. Il y a un monde entre être prof de yoga et décider de vivre de  sa pratique en entourant et guidant des élèves, et pousser un groupe dans la consommation hyper publicisée.

Exemple ? Les discours lénifiants dans les magazines de yoga. Je les lis tous. Bien sûr, il y a des sujets très intéressants et permettant de poser sa réflexion ou d’apprendre quelque chose. Et puis il y a les 10  pages de pub, l’utilisation irritante de l’écriture inclusive (franchement je n’ai pas besoin de l’écriture inclusive pour m’affirmer en tant que femme ..), les photos de nénettes pesant 30 kg, au tour de poitrine permettant de porter la si jolie brassière qui va si bien avec le legging à minimum 90 euros.

Bon pour info, moi je dois porter des brassières informes parce que bénéficiant d’une poitrine généreuse (Ok c’est un atout). Et encore je passe des heures à chercher ce qui va être agréable à porter et pratique lors des asanas. Mais mettre 50 euros dans une brassière soit disant taillant L alors que mon 95 C ne rentre pas dedans : cela renvoie une image parfois très désobligeante de son corps. Ben ouais quand tu vois des nénettes au vente si plat à côté de toi, bonne femme de 47 piges au ventre qui pendouille malgré tous tes efforts pour faire des abdos qui puissent te rentrer là ton bidon, tu t’étouffes parfois.

Ce mental s’agite alors ? Mais punaise, à cet instant précis est-ce que je fais du yoga ?

La réponse est oui : car de l’émotion « jalousie » tout doucement, tu commences non pas à observer la personne à côté de toi (elle n’y est pour rien) mais à t’observer toi. Quelle est cette rage qui te consume ? pourquoi réagis-tu ainsi ? Quelle est ta valeur qui a été touchée ? Tiens un début de conscience …

Ce qui m’exaspère, c’est que même le milieu du yoga est touché par l’hyper consommation. On s’y perd. Je m’y suis perdue … mais j’en suis revenue. Je ne retiens que ce qui est bon pour moi et je laisse le reste à ceux qui veulent consommer.

Pas la peine d’aller à Bali pour toucher du doigt le yoga. Une formation ce n’est que 200 h (ou 500 pour les plus complètes). Mais en fait, elles ne font que te mettre sur un chemin. C’est à toi ensuite de développer ton art intérieur, de chercher et de développer ce qui pour toi est le yoga. Et là, tu peux aller à l’autre bout du monde, cela ne changera rien à ton cheminement qui lui va durer une vie entière.

Est-ce de la jalousie de ma part ? Oui peut être .. Moi c’est pas Bali qui me fait rêver, c’est retourner dans le désert de Arches Park dans l’Utah. On a tous nos endroits sacrés ..

Souvent on me dit : « tu te prends la tête avec le yoga. C’est de la branlette intellectuelle. »(texto ce que j’entends presque quotidiennement)

Ben non ! Y a pas de mental dans le yoga. Quand tu es en yoga, il n’y a plus de réflexion. il n’y a que de la présence de l’ETRE.  Il n’est pas question de se juger, de voir ses qualités et ses défauts, d’analyser. Dans ce cas là, c’est de la psychanalyse. Dans le yoga, on s’observe et on s’accepte. C’est vrai que la frontière est mince et tous on a certainement utilisé le yoga pour changer. Je dirai plutôt qu’avec le yoga on est redevenu tel qu’on était au départ. Ni bien. Ni pas bien. On a tous nos parts sombres : elles s’expriment plus ou moins à certains moments. J’ai ma part sombre, torturée, complètement dingue. Quand je vois qu’elle arrive, je m’observe. Parfois, elle repart. Parfois, elle est là et elle me fatigue ! Elle doit vivre et s’exprimer avant de me relaisser tranquille. Elle ressort souvent au boulot mais aussi sur le tapis, à ce moment où justement les barrières de protection sont abaissées. Je peux être une harpie, jalouse, médisante, rageuse, ruminante, triste, fermée. Le plus important c’est que je m’en aperçoive.

Venons en aux postures. Je me suis déjà exprimée à ce sujet à plusieurs reprises (notamment dans cet article qui a fait un carton, toute proportion gardée quand même ! Pourquoi faire des postures avancées ?). Cependant je reviens là car il s’agit de la partie la plus apparente du yoga. Quand on débute le yoga, effectivement la posture est ce qu’il y a de très important : il faut réaliser le plus correctement la pose vue dans un livre / magazine / réseau social. Il n’est absolument pas question de respiration par exemple. Même nos oreilles se ferment et notre mental (O Citta, petit singe vagabond) nous même à la baguette.

Exemple : une torsion Ardha Matsyendrasana. Combien de fois je vois des gens se tortiller un max, le bassin en déséquilibre, un des ischions dans le vide, et les cervicales tournées au maximum. Le pied avant flotte sur le coté, mou. Oh oui ! la posture physique dans sa composante « torsion » est réalisée. Oh oui ! les organes internes sont comprimés. « Vous sentirez alors ce délicieux  massage interne. Plus de désordres intestinaux », vous promet tout descriptif de cette posture.

Moi je dirais : bonjour le mal au cou  ! Où elle est l’énergie de la posture ? Plus de désordres intestinaux à condition de tenir la pose longtemps et de la réaliser très régulièrement. Pire ! observez votre réaction face à la pose et aux instructions données par le prof. Êtes vous sûr de ne pas être alleé au-delà de ce que votre corps vous propose aujourd’hui ? Vous faites du yoga, si vous devenez observateur de vous même, en ayant la conscience précise de ce que vous êtes en train d’accomplir. Et je ne parle pas de celui qui accepte de se faire marcher dessus pour allonger ses muscles : j’ai mal pour lui. Et fondamentalement, à quoi cela sert-il ?

Mon propos n’est pas de dire non plus, « abandonnons toutes ces postures compliquées ». Il y a une voie juste, au milieu, la vôtre. Elle peut changer tous les jours. Elle évolue. Il faut expérimenter et sentir. Pas venir pour transpirer (on peut transpirer rien qu’en respirant) ou faire comme les autres ou faire du sport. Sentir.

Parlons de mon autre sujet favori le Yoga nidra. Là aussi je lis beaucoup de choses erronées. Bon j’avoue : je bondis parfois. « Le yoga nidra c’est de la relaxation. » NON ! Le yoga nidra c’est LE passage. A votre avis, savasana c’est quoi ?

Le yoga nidra, ce n’est pas du tout de la relaxation. Un des ses effets, effectivement, c’est de vous relaxer. Il ne faut pas définir quelque chose par les effets qu’il induit. Ce n’est pas tout à fait non plus une MEDITATION (Yoga nidra et méditation). La plupart des méditations utilisent un objet de CONCENTRATION (bien entendu certains vont me répondre « mais non il y a des méditations où il n’y a pas de support ». En France, une grande partie des gens qui méditent le font avec des méditations guidées. C’est un support. NB : ce n’est pas parce qu’on médite avec un support que l’on ne médite pas. Il y a plusieurs formes de méditation, à chacun de trouver celle qui lui convienne le mieux.). Le Yoga nidra vous amène à un endroit où il n’y a pas de concentration. D’ailleurs les états de conscience de la méditation et du yoga nidra diffèrent légèrement (Les états modifiés de conscience). Je médite et je fais du yoga nidra : je peux vous assurer que ce ne sont ni les mêmes techniques, ni les mêmes effets.

Le yoga nidra est fait pour tout le monde et notamment ceux qui disent « non non moi je fais du yoga dynamique, faut que ça pulse ».

Il faut persévérer en yoga nidra : car on brise petit à petit toutes les barrières de ses koshas (Les koshas : nos enveloppes) pour aller au-delà, à la rencontre-union de sa conscience et de sa propre énergie-lumière. Si on subit son nidra, si on ne rentre pas dedans, si on tousse, si on entend tout ce qu’il se passe à l’extérieur de son corps, il faut persévérer et recommencer. Citta a pris le contrôle. Rien à voir avec la voix de celui qui vous conduit vers ce voyage intérieur, malgré ce que l’on voudrait penser. En yoga nidra, vous vous voyez tel que vous êtes. On s’affronte, se confronte, on s’accepte et on s’aime.

J’ai mis plus de 6 mois à rentrer dans le yoga nidra. Maintenant pour moi, c’est ce qu’il y a de plus important. Mon yoga est dans cette pratique que malheureusement je ne fais pas souvent par manque de temps. Quand je suis fatiguée ou que j’ai le moral en berne, je plonge en yoga nidra pour aller chercher mes vraies ressources et pour faire émerger mon vrai MOI / SOI qui lui me soutient et me refait doucement re-sourire. C’est aussi par le yoga nidra que j’ai perçu l’importance de ce que nous étions, complètement intégrés dans un plan plus vaste ou microcosme et macrocosme se confondent. C’est en yoga nidra que je vis l’unité avec l’univers, ce qui est bien plus grand et bien plus petit que moi. Mais de cela, nous en reparlerons un jour …

NAMASTE

Publicités

Note de lecture : « Dormir pour s’éveiller : le yoga nidra traditionnel » de Mathieu

J’ai longtemps hésité avant d’acheter ce livre. C’est tout bête : je possédais déjà les enregistrements de Mathieu en Yoga Nidra (ici) …

Le livre était peu épais et je me disais que je n’allais rien apprendre de plus que ce que je savais déjà. En tous les cas, sur la pratique.

Et puis, j’ai écouté la conférence de Mathieu donné fin janvier à la Librairie Almora (Paris 20ème à côté du Père Lachaise,) et là, je me suis dit : « va falloir que tu y jettes un œil ». Voici le lien sur la conférence Conférence de Mathieu sur You Tube.

Plutôt que « qui suis-je ?, demandez vous « où suis-je ? ». Quelle part de vous est véritablement vous ? Et lorsque vous aurez compris que ce n’est pas vous qui vous endormez durant les séances de yoga nidra, vous saurez que ce n’est pas vous non plus qui venez de terminer la lecture de ce livre …

J’ai adoré ! D’abord le passage sur « fermer les yeux ». Tellement d’automatismes  que la signification réelle de certains mots nous échappe. Et oui ! Il nous est impossible de fermer les yeux. On abaisse les paupières. Car, fermer les yeux c’est nier tout ce que l’on voit sous les paupières closes. Pensez ! c’est vrai il y fait noir mais cet écran est sans limite. Sous nos paupières closes, c’est l’univers entier qui se dévoile. Et puis en yoga nidra, il n’est pas rare que ce sombre laisse place à de la lumière : des flashes, des étincelles, des flammes de lumière. Cette clarté mentale dont on entend tellement parler sur les réseaux sociaux de la part de tous ces « influenceurs » (qu’est ce que c’est bidon comme mot : influenceurs … parfois je me demande dans quel monde on est ?). Longtemps je me suis demandé ce que c’était : la clarté mentale. Mais ne suis je pas claire dans ma vie de tous les jours ?

Quelle confusion ! La clarté mentale, c’est ce calme qui vient après la pratique de yoga nidra ou celle de méditation. Plus fugacement, après vos asanas de yoga. Cette impression de repos de l’esprit. La clarté fait référence à la lumière qui arrive à un moment donné (je dis à un moment donné : tout arrive quand on persévère. Il n’y a pas de règle sur le moment où cela arrive). On dit alors que le chakra du 3 ème oeil (AJNA) s’ouvre.

Bref ! Grâce à Mathieu, j’ai pris conscience que mes yeux étaient grands ouverts et prêts à voir la beauté de ce qui s’offrait. De jour, déjà. La perception des couleurs et de la lumière du soleil. De la beauté de la nature. De ses signes de joie pure. De nuit, avec les étoiles au firmament, cette possibilité cosmique de l’infini. La lumière de la lune. Et puis, je me suis souvenue que pendant ma formation en nidra, Christophe nous parlait de cet écran sans limite, CHIDAKASH, écran du mental. Chidakash, ou Chid Akash (akasha est le 6ème élément, Ether, espace), est l’espace cosmique de l’esprit (Âkhâsha individuel intérieur ou « écran du front »). C’est dans cet espace que sont visualisés et perçus les organes, les pensées, les clichés, les scènes du passé ou de l’actualité. C’est également là que se trouve le champ de visualisation de l’imagination créatrice. L’Âkhâsha constitue, selon les Hindous, la mémoire universelle (cf CHIDAKASH du blog Yantra). Je vous renvoie aussi à ce blog qui en parle joliment et simplement : Fannyogini.

Autre élément intéressant, c’est notre identification aux choses. Mathieu parle d’un élève arrivant en retard et s’excuse en indiquant avoir « crevé ». Nous ne faisons qu’un avec nos voitures ou les biens matériels. Cette identification est intéressante car quand on parvient à lâcher sur la possession et le désir matériel, on se libère déjà d’un grand poids. Certes, le matériel c’est de l’argent, mais le matériel ne crée pas le bonheur. Tout au plus facilite-t-il certaines choses.

Et on en revient à notre ami Descartes qui finalement a bien façonné notre société : Je pense donc je suis. Le JE, ahamkara, l’égo, le principe d’individualité, est poussé à l’extrême à tel point que notre véritable essence, notre JE authentique disparaît. Faire attention aux mots utilisés, se désidentifier des choses pour revenir à l’incarné, le véritable SOI, voilà une étape intéressante sur ce chemin de yoga !

Dans le livre, MATHIEU aborde deux points pour moi importants : le corps et le sankalpa.

Sur le corps, ce qui est intéressant c’est la remarque faite sur la nécessité de ne pas mettre de coussin sous la nuque. Jusqu’à maintenant dans tous les nidras auxquels j’ai assisté et ceux que je fais moi même, il a toujours été indiqué d’être le plus confortable possible. Sauf chez Mathieu, Rod STRIKER et Anne NUOTIO. En effet, il ne s’agit pas d’être le plus confortable possible. Il s’agit de modifier la perception de son corps au sol et le rapport que l’on a avec le sol. Mathieu écrit qu' »il va falloir pacifier la relation corps/sol pour qu’elle cesse d’être douloureuse…… La stabilité du sol va influencer, au cours de la séance, celle du corps, c’est à dire son sommeil qui va lui-même influencer la stabilité du mental. »

Je comprends Anne qui a un jour me demanda de ne rien mettre sous ma tête. Au début, j’étais contrariée mais pas longtemps car j’ai appris en yoga à faire confiance et à expérimenter. Et l’expérience a montré que j’étais allée très loin dans mon nidra, mon corps devenant de simples vibrations un long moment alors que l’occiput me « faisait mal » dans le sens d’inconfortable. Et c’est l’une de ces expériences que j’ai hâte de recommencer avec Anne (sur ma page Mes liens, ma communauté, les gens que j’aime, vous trouverez les coordonnées de Anne)

Je me suis beaucoup exprimée sur le sankalpa (Les bonnes résolutions ou intentions, SANKALPA : le pouvoir de l’intention, La conscience dans le cœur et sankalpa). Je vais y rajouter un élément important. Je perçois dans mon cœur ce qu’est le sankalpa. Pour autant, j’ai des difficultés à le définir et à expliquer facilement à mes élèves ce qu’il est. Mathieu a réussi cela. Et, il m’a aussi fait percevoir la connexion avec ce que dit mon autre professeur, Rod Stryker, sur « a strong and heartfelt desire ». Le sankalpa peut être traduit par « détermination. Ce mot peut être aussi traduit par énergie du désir ».

Et là ! Waouhaaaaa … parfois, c’est tellement simple !!!!! Le yoga est un art. Les mots doivent venir du cœur : c’est là où les concepts difficiles deviennent si évidents. Mais il n’est pas si simple de trouver la bonne voie et de se laisser porter.

Mathieu ouvre encore de belles thématiques dans le reste de son ouvrage. Celles-ci, je les ai moi-mêmes entrouvertes. Je vous laisse le soin d’aller en librairie (et pas sur Amazon) pour aller acquérir cet ouvrage.

Je pense que vous me rejoindrez lorsque je dis que le yoga nidra n’est surtout pas une relaxation. Même si cela attire des élèves et permet de leur expliquer en des termes très simples et accessibles ce que peut représenter le yoga nidra, réduire cette pratique à de la relaxation, c’est passer complètement à côté. Grâce au yoga nidra, j’ai enfin perçu les portes de la méditation et de l’assise en silence et en présence. J’ai perçu où était caché mon SOI et ce qu’il EST vraiment. Ce que je suis. Et cela, aucun livre ne pourra vous le donner. C’est à vous d’expérimenter encore et encore. Et vous trouverez !

HARI OM TAT SAT