Le yogi a-t-il un regard critique ?

Ce matin, je lisais des réactions à propos d’un problème de société. Que ce soit la PMA, le génocide des juifs pendant la seconde guerre mondiale, le mariage gay, les affaires de viol et tout autre sujet, vous voyez souvent les gens réagir avec passion et même parfois violence. Moi même je peux réagir avec beaucoup d’élan et dire que je ne comprends pas que l’on puisse dire ce type de choses.

Et puis, il y a ceux qui apparaissent plus circonspects, non pas sur le sujet même mais sur le fait qu’une personne puisse avoir un point de vue contraire.

Du coup, je me suis interrogée sur l’esprit critique du yogi à même d’accepter  des comportements, situations, positions qui à bien des égards peuvent nous hérisser. Comment peut on laisser des telles choses se dire ? Est-il possible qu’un yogi puisse admettre ces choses ? En perd-il tout sens critique ?

Cela m’a beaucoup fait penser aussi au bouddhisme et aussi à la parole de Jésus  « Vous avez appris qu’il a été dit: Œil pour œil, et dent pour dent. Eh bien! moi je vous dis de ne pas riposter au méchant; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. À qui te demande, donne; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos! » (Matthieu 5, 38-42).

Et en définitive, il faut mettre les choses en perspective. Il y a deux façons de voir les choses.

D’un côté nous avons la personne dont rajas (un des trois gunas, constitutifs de l’Univers et de la Nature donc de nos personnes) est important et qui est très inscrite dans la société de son temps. Cette personne réagira : intellectuellement et physiquement. Intellectuellement, elle fera intervenir dans un processus inné tout ce qu’elle a intégré depuis qu’elle est petite. Sa maturation intellectuelle la conduira vers une position affirmée. Physiquement, elle réagira avec l’augmentation de ses battements cardiaques, une vigilance physique accrue, une tension du corps et une voix plus forte et acérée. Et le tout, très vite. Une réaction du tac au tac.

Nous avons nos opinions, souvent bien arrêtées, sur un certain nombre de sujets. cette opinion résulte de notre environnement social et éducatif et aussi de nos émotions personnelles, de notre caractère.

L’avantage, c’est que nous sommes bien inscrits dans la réalité. Et nous avons l’impression d’être acteur, de participer. Le défaut, c’est parfois le manque de recul.

ex : ici à Marseille, il fait beau mais pas chaud. Dès qu’il y a une goutte d’eau, cela devient l’horreur car on ne peut pas être dehors et en profiter. C’est vrai  ! Mais une goutte de pluie, c’est ce qui permet aussi à la terre de s’humidifier un peu et de ne pas être trop sèche et prompte à enflammer le peu de nature qui reste ici. Cette pluie nettoie le ciel chargé de pollution. Et la chaleur, de toutes façons, on l’aura. La preuve on passe d’un petit 17 °C hier à 29 °C annoncés demain. Manque de recul et de discrenement …

De l’autre côté, nous avons un yogi ou quelqu’un qui médite beaucoup. Leur réaction sera complètement différente. Ils auront bien entendu une opinion mais ils feront observer que l’autre personne a le droit d’avoir des arguments et un processus de pensée, et ce quelque soit de fait le contenu des idées. On retrouve dans cette attitude AHIMSA, la non violence mais aussi la tolérance. Mais alors, peut être qu’ils sont trop tolérants et du coup à cause d’eux, la société va à vaut l’eau !

D’un certain point de vue, oui. Car effectivement cette permissivité du fait du respect du processus intellectuel (extrait du contenu de la pensée) peut effectivement donner lieu à des dérives, dérives parfois mal vécues par celui qui va réagir plus vite car atteint dans ses convictions. J’observe par ailleurs que la personne qui émet cette opinion qui fait couler beaucoup d’encre est animée par un voile d’illusions important et que avidya (l’ignorance) est tr_s présente dans sa vie et sa personne même.

Cette « permissivité » (que j’écris sciemment maintenant avec des guillements) s’explique en partie par la capacité d’observation, le discernement.

Patanjali utilisait le terme de viveka dans les Yoga Sutras.

Viveka khyâtir aviplavâ hânopâyah (Yoga Sutra Patanjali 2-26)

« La pratique ininterrompue de la conscience du Réel est le moyen de désintégration d’avidya » I. K. Taimini

« Le discernement c’est la pointe fine de l’intelligence qui distingue la différence entre la source de la lumière et le miroir qui la reflète » François Lorin

Dans le processus d’Avidyā (l’ignorance), la personne s’identifie avec les agents limitants de sa perception, puisque sa connaissance est déjà teintée. Elle ne peut aller que dans un sens. Ces agents limitants, ce sont la société (famille, école, société) et nos qualités de perception intérieure et extérieure (les kleshas) qui nous les ont donnés.

Le yogi apprend progressivement tout au long du déroulé de son chemin à discerner ce qui est réel de ce qui est irréel, et progressivement de lâcher prise sur le caractère impermanent de la vie.

Et là tout est dit. Pourquoi ? Parce qu’en définitive, lorsque le voile des illusions, appelé Maya, disparait, les choses prennent alors leur véritable place. Oui ! la vie change à chaque seconde et pourtant elle n’est pas plus inconfortable que la seconde d’avant. Oui, nous naissons, grandissons et un jour mourrons. Nous faisons alors le distinguo entre ce qui est la réalité et l’illusion, le Soi et l’ego. Viveka est la capacité à discriminer, distinguer ce qui change et le Soi, impermanent. Ce soi, c’est la Conscience Pure (Purusha), la véritable essence, le véritable je SUIS.

Nous devenons alors très vivants devant les problèmes fondamentaux de la vie, et nous commençons à nous détacher des courants de pensées et de désir ordinaires pour trouver la Réalité cachée derrière le flux de ces phénomènes.

Alors, le yogi a-t-il un esprit critique ?

C’est comme tout. Le yogi parfait utilise un esprit critique aiguisé puisqu’il est par essence dans le discernement. mais bien souvent, il est rattrapé par des éléments de notre intégration dans la vie sociale. Et alors même lui aura besoin de faire un pas en arrière, de se concentrer et de respirer pour de nouveau faire taire les passions et faire preuve de viveka !

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Yoga féroce ou coup de gueule ….

« Mon Dieu  ! Mais pourquoi fais-tu du yoga ?

Oh oui mais je veux quelque chose de dynamique où je transpire ?

Ah non non c’est un truc de vieux … c’est lent, non ?

Tu vas tomber dans une secte ! Fais gaffe !

Le yoga nidra ? Pfffuuuuiiiitttt ! C’est pour se reposer ….

Ah ouiais c’était top : en baddha konasana j’ai les genoux qui touchent le sol maintenant ! Ma prof pour m’aider a bien prendre la posture a grimpé sur mes cuisses. Ah ! L’étirement …

Moi tous les matins, je médite 1h, je nettoie mes chakras, et puis je prépare un délicieux smoothie avocat bio du Pérou, chou Kale de Californie et Kombucha. Ensuite je m’enduis le corps de cette délicieuse huile de pimprenelle bio du fin fond de l’Himalaya forcément très porteuse d’énergie spirituelle et pour mes prochaines vacances je pars faire une formation de 200 h à Bali. Délicieux ! Et je suis végétarien, et ne porte que du bio.

Legging à 90 euros, brassière assortie (taille 80 A) à 55 euros. La sangle en chanvre bio à 30 euros. Achetez les encens sanctifiés à 10 euros les 5 bâtons.

Ah non non! Lui je ne l’accepte pas dans mes cours : il a un air louche, pas clair … »

Des comme ça, je crois que j’en attends ou j’en lis tous les jours. Cela devient lassant. Intolérance, stress, fausse image de soi, image de la healthy attitude. Le yoga devient hyper commercial, cela n’a échappé à personne. Très tendance, très consommation de masse. Le message se perd tout doucement. C’est un peu la bataille entre les anciens et les modernes… Le yoga doit-il évoluer ? Ou bien restera-t-il immuable malgré tout ?

Honnêtement ? je n’ai pas de réponse. Ce que je vois c’est la tendance hyper naturelle de la société à venir un peu plus incruster l’hyper consommation dans une pratique spirituelle bien éloignée de ces travers. Toujours plus. Le yoga comme business. Il y a un monde entre être prof de yoga et décider de vivre de  sa pratique en entourant et guidant des élèves, et pousser un groupe dans la consommation hyper publicisée.

Exemple ? Les discours lénifiants dans les magazines de yoga. Je les lis tous. Bien sûr, il y a des sujets très intéressants et permettant de poser sa réflexion ou d’apprendre quelque chose. Et puis il y a les 10  pages de pub, l’utilisation irritante de l’écriture inclusive (franchement je n’ai pas besoin de l’écriture inclusive pour m’affirmer en tant que femme ..), les photos de nénettes pesant 30 kg, au tour de poitrine permettant de porter la si jolie brassière qui va si bien avec le legging à minimum 90 euros.

Bon pour info, moi je dois porter des brassières informes parce que bénéficiant d’une poitrine généreuse (Ok c’est un atout). Et encore je passe des heures à chercher ce qui va être agréable à porter et pratique lors des asanas. Mais mettre 50 euros dans une brassière soit disant taillant L alors que mon 95 C ne rentre pas dedans : cela renvoie une image parfois très désobligeante de son corps. Ben ouais quand tu vois des nénettes au vente si plat à côté de toi, bonne femme de 47 piges au ventre qui pendouille malgré tous tes efforts pour faire des abdos qui puissent te rentrer là ton bidon, tu t’étouffes parfois.

Ce mental s’agite alors ? Mais punaise, à cet instant précis est-ce que je fais du yoga ?

La réponse est oui : car de l’émotion « jalousie » tout doucement, tu commences non pas à observer la personne à côté de toi (elle n’y est pour rien) mais à t’observer toi. Quelle est cette rage qui te consume ? pourquoi réagis-tu ainsi ? Quelle est ta valeur qui a été touchée ? Tiens un début de conscience …

Ce qui m’exaspère, c’est que même le milieu du yoga est touché par l’hyper consommation. On s’y perd. Je m’y suis perdue … mais j’en suis revenue. Je ne retiens que ce qui est bon pour moi et je laisse le reste à ceux qui veulent consommer.

Pas la peine d’aller à Bali pour toucher du doigt le yoga. Une formation ce n’est que 200 h (ou 500 pour les plus complètes). Mais en fait, elles ne font que te mettre sur un chemin. C’est à toi ensuite de développer ton art intérieur, de chercher et de développer ce qui pour toi est le yoga. Et là, tu peux aller à l’autre bout du monde, cela ne changera rien à ton cheminement qui lui va durer une vie entière.

Est-ce de la jalousie de ma part ? Oui peut être .. Moi c’est pas Bali qui me fait rêver, c’est retourner dans le désert de Arches Park dans l’Utah. On a tous nos endroits sacrés ..

Souvent on me dit : « tu te prends la tête avec le yoga. C’est de la branlette intellectuelle. »(texto ce que j’entends presque quotidiennement)

Ben non ! Y a pas de mental dans le yoga. Quand tu es en yoga, il n’y a plus de réflexion. il n’y a que de la présence de l’ETRE.  Il n’est pas question de se juger, de voir ses qualités et ses défauts, d’analyser. Dans ce cas là, c’est de la psychanalyse. Dans le yoga, on s’observe et on s’accepte. C’est vrai que la frontière est mince et tous on a certainement utilisé le yoga pour changer. Je dirai plutôt qu’avec le yoga on est redevenu tel qu’on était au départ. Ni bien. Ni pas bien. On a tous nos parts sombres : elles s’expriment plus ou moins à certains moments. J’ai ma part sombre, torturée, complètement dingue. Quand je vois qu’elle arrive, je m’observe. Parfois, elle repart. Parfois, elle est là et elle me fatigue ! Elle doit vivre et s’exprimer avant de me relaisser tranquille. Elle ressort souvent au boulot mais aussi sur le tapis, à ce moment où justement les barrières de protection sont abaissées. Je peux être une harpie, jalouse, médisante, rageuse, ruminante, triste, fermée. Le plus important c’est que je m’en aperçoive.

Venons en aux postures. Je me suis déjà exprimée à ce sujet à plusieurs reprises (notamment dans cet article qui a fait un carton, toute proportion gardée quand même ! Pourquoi faire des postures avancées ?). Cependant je reviens là car il s’agit de la partie la plus apparente du yoga. Quand on débute le yoga, effectivement la posture est ce qu’il y a de très important : il faut réaliser le plus correctement la pose vue dans un livre / magazine / réseau social. Il n’est absolument pas question de respiration par exemple. Même nos oreilles se ferment et notre mental (O Citta, petit singe vagabond) nous même à la baguette.

Exemple : une torsion Ardha Matsyendrasana. Combien de fois je vois des gens se tortiller un max, le bassin en déséquilibre, un des ischions dans le vide, et les cervicales tournées au maximum. Le pied avant flotte sur le coté, mou. Oh oui ! la posture physique dans sa composante « torsion » est réalisée. Oh oui ! les organes internes sont comprimés. « Vous sentirez alors ce délicieux  massage interne. Plus de désordres intestinaux », vous promet tout descriptif de cette posture.

Moi je dirais : bonjour le mal au cou  ! Où elle est l’énergie de la posture ? Plus de désordres intestinaux à condition de tenir la pose longtemps et de la réaliser très régulièrement. Pire ! observez votre réaction face à la pose et aux instructions données par le prof. Êtes vous sûr de ne pas être alleé au-delà de ce que votre corps vous propose aujourd’hui ? Vous faites du yoga, si vous devenez observateur de vous même, en ayant la conscience précise de ce que vous êtes en train d’accomplir. Et je ne parle pas de celui qui accepte de se faire marcher dessus pour allonger ses muscles : j’ai mal pour lui. Et fondamentalement, à quoi cela sert-il ?

Mon propos n’est pas de dire non plus, « abandonnons toutes ces postures compliquées ». Il y a une voie juste, au milieu, la vôtre. Elle peut changer tous les jours. Elle évolue. Il faut expérimenter et sentir. Pas venir pour transpirer (on peut transpirer rien qu’en respirant) ou faire comme les autres ou faire du sport. Sentir.

Parlons de mon autre sujet favori le Yoga nidra. Là aussi je lis beaucoup de choses erronées. Bon j’avoue : je bondis parfois. « Le yoga nidra c’est de la relaxation. » NON ! Le yoga nidra c’est LE passage. A votre avis, savasana c’est quoi ?

Le yoga nidra, ce n’est pas du tout de la relaxation. Un des ses effets, effectivement, c’est de vous relaxer. Il ne faut pas définir quelque chose par les effets qu’il induit. Ce n’est pas tout à fait non plus une MEDITATION (Yoga nidra et méditation). La plupart des méditations utilisent un objet de CONCENTRATION (bien entendu certains vont me répondre « mais non il y a des méditations où il n’y a pas de support ». En France, une grande partie des gens qui méditent le font avec des méditations guidées. C’est un support. NB : ce n’est pas parce qu’on médite avec un support que l’on ne médite pas. Il y a plusieurs formes de méditation, à chacun de trouver celle qui lui convienne le mieux.). Le Yoga nidra vous amène à un endroit où il n’y a pas de concentration. D’ailleurs les états de conscience de la méditation et du yoga nidra diffèrent légèrement (Les états modifiés de conscience). Je médite et je fais du yoga nidra : je peux vous assurer que ce ne sont ni les mêmes techniques, ni les mêmes effets.

Le yoga nidra est fait pour tout le monde et notamment ceux qui disent « non non moi je fais du yoga dynamique, faut que ça pulse ».

Il faut persévérer en yoga nidra : car on brise petit à petit toutes les barrières de ses koshas (Les koshas : nos enveloppes) pour aller au-delà, à la rencontre-union de sa conscience et de sa propre énergie-lumière. Si on subit son nidra, si on ne rentre pas dedans, si on tousse, si on entend tout ce qu’il se passe à l’extérieur de son corps, il faut persévérer et recommencer. Citta a pris le contrôle. Rien à voir avec la voix de celui qui vous conduit vers ce voyage intérieur, malgré ce que l’on voudrait penser. En yoga nidra, vous vous voyez tel que vous êtes. On s’affronte, se confronte, on s’accepte et on s’aime.

J’ai mis plus de 6 mois à rentrer dans le yoga nidra. Maintenant pour moi, c’est ce qu’il y a de plus important. Mon yoga est dans cette pratique que malheureusement je ne fais pas souvent par manque de temps. Quand je suis fatiguée ou que j’ai le moral en berne, je plonge en yoga nidra pour aller chercher mes vraies ressources et pour faire émerger mon vrai MOI / SOI qui lui me soutient et me refait doucement re-sourire. C’est aussi par le yoga nidra que j’ai perçu l’importance de ce que nous étions, complètement intégrés dans un plan plus vaste ou microcosme et macrocosme se confondent. C’est en yoga nidra que je vis l’unité avec l’univers, ce qui est bien plus grand et bien plus petit que moi. Mais de cela, nous en reparlerons un jour …

NAMASTE

Bhoga ou la jouissance de la vie

J’ai beaucoup de chance …. la chance d’avoir commencé le yoga avec une certaine maturité ! J’avais 42 ans. Je me suis laissée aller sans schéma préconçu et sans l’idée même de devenir prof de yoga. Et puis j’ai suivi une formation de vinyasa avec Amie. Beaucoup de pratiques et d’anatomie. Et puis des heures de philosophie. Finalement pas suffisamment ! J’en redemande. Et en définitive, c’est cela qui était bien aussi. Cette possibilité d’entreprendre le chemin qui devait être le sien pour chacun des participants. Le construire à son image. Laisser le temps de sentir ce dont on avait besoin.

Je suis quelqu’un de cérébral, ce qui signifie que j’éprouve des difficultés à sentir les énergies des gens autour de moi. Cela signifie que j’ai besoin de comprendre, de décortiquer. Je devrais utiliser l’imparfait pour cette dernière assertion : je laisse plus parler la compréhension que j’ai de mon corps.

Bref tout cela pour expliquer pourquoi je suis de plus en plus attirée par la philosophie qui sous tend le yoga.

Alors, je continue de me former et notamment sur la philosophie du tantra. Qu’est ce que le tantra ?

Sachez tout d’abord qu’une grande majorité des écoles de yoga aujourd’hui enseigne selon des préceptes issus du tantra.

Le tantrisme est en Inde essentiellement shivaïte, et voue un culte à la Shakti et vise à à son éveil (elle prendra alors le nom de Kundalini). Il est aussi bien pragmatique que spirituel. Il a pour but de s’assurer que l’être humain est toujours connecté au sacré inhérent de la vie et qu’il va élever sa relation à la vie et au SOI.

L’univers ainsi que tout ce qu’il contient est sacré. Afin de se connaitre vraiment et de connaître le monde, on doit démolir le mur qui sépare le spirituel du matériel. Ce n’est pas en bridant nos instincts ou en étouffant nos pulsions que nous pouvons accéder à la libération mais au contraire en les prenant comme tels et en opérant une mutation de leur fonctionnement. Le corps humain est l’univers, il est l’exact reflet du macrocosme. Ce qui est ici est partout, ce qui n’est pas là, n’est nul part. La connaissance du corps et sa maitrise sont un tremplin vers l’éveil spirituel : le tantra permet de se développer au delà de toute limite.

Swami Rama écrivait dans Path of Fire and Light, vol.II, :

Le soleil, la lune, les étoiles, et toutes les lumières que tu peux observer dans le monde extérieur ne sont que des morceaux de cette Grande Lumière qui brille en toi. C’est la lumière de la connaissance, la lumière de la discrimination, la lumière de la compréhension, la lumière de la vie, la lumière du partage et de l’amour, la lumière de l’Etre que tu es Je suis Cela. La lumière intérieure est comme une onde dans le vaste océan de la félicité que nous appelons Brahman, l’Absolu, l’Infini, le Très Grand. Tu es toi même cette onde, tu es une vague. Tu dois toujours croire que cette lumière de vie est vraiment en toi. On dit aussi que la vie est comme une particule, comme une onde. Elle rappelle cette ancienne philosophie qui nous dit que la vie est une vague née de l’océan de félicité, y jouant et s’y résorbant.

La Tantra a notamment comme but : BHOGA (la jouissance), APAVARGA (la libération, l’émancipation) et BHUKTI (l’accomplissement).

BHOGA ce n’est pas la jouissance égocentrique. Bien au contraire. Il s’agit de dépasser la jouissance pure, en prenant conscience que notre individu se place au sein de l’UNIVERS. Mais il est tout à fait normal de considérer que l’homme poursuive le désir du plaisir, du bonheur et du succès. Le désir devient une constante car il y a du désir partout (dépasser le désir est un désir donc un non sens pour le tantra). Le désir, s’il est accompagné du discernement, conduit à l’expansion de la spiritualité et il devient alors l’expression de la divinité. Bhoga est l’expérience réelle de la vie totale, et upa bhoga est l’expérience qui ne permet pas de progresser. Bhoga peut conduire à se libérer, upa bhoga jamais.

Bhoga est l’expérience consciente et totale de sa vie qui permet de tout apprécier. Bhoga concerne les aspects des deux phases de la réalité : bonheur et malheur. C’est ce qui permet de traverser la vie plus léger et plus heureux et de jouir de chaque instant.

Alors ? Qu’est ce que cela signifie ? Et bien que nous traversons des étapes différentes dans notre vie et que si je n’ai connu qu’à 42 ans le yoga, c’est parce que j’ai fait d’autres choses merveilleuses dans ma vie et qu’il n’y a pas de regret à avoir. BHOGA : je jouis de chaque instant en essayant de ne pas me lamenter.

Je jouis de chaque rayon du soleil et je ne crie pas misère dès qu’il pleut ou qu’il vente. BHOGA, c’est sortir de cette léthargie bien répandue dans notre société où au final personne n’est content et où personne ne fait rien. On n’a qu’une vie et il s’agit d’un profiter à chaque moment. BHOGA, cela va être l’art de transformer les difficultés ou les souffrances, les peines et les moments de stress par exemple.

BHOGA cela veut dire être ACTEUR puisque conscient. Et si on est acteur, on peut faire de belles et grandes choses, sortir du pessimisme ambiant et de son égo autocentré limitatif. Et, BHOGA, cela veut dire être heureux. Vivre dans la JOIE. D’ailleurs, c’est à ce moment là qu’on peut mesurer la difficulté du Bonheur, concept éphémère, et la facilité de la Joie, puissant moteur de vie (à ce propos, vous pourrez relire cet article).

SAT CHIT ANANDA

Elève éternelle au yoga

J’adore être élève en yoga. En fait, je ne suis qu’élève même si j’ai suivi plusieurs formation et que j’enseigne un peu le yoga.

Être prof, c’est se mettre en danger car vous vous exposez; vous partagez quelque chose qui est en vous : votre yoga. Professeur de yoga, c’est difficile et nous parlons souvent entre nous : car s’exposer, c’est montrer ses faiblesses et je pense que peu de personnes se dévoilent facilement. C’est faire preuve de satya (Satya, vérité et sincérité).

On s’interroge beaucoup quand on est prof : fais-je les bons choix de postures? Suis je claire dans les instructions pour respirer ? Les élèves ressentent-ils l’énergie du studio ? Est ce que cela leur plaît ?

Bien souvent, on a, à la fin des cours, des personnes qui ont à redire sur la façon dont notre cours a été conduit. Rarement les gens qui sont super contents. Alors j’aime être élève pour m’observer et observer l’énergie de la salle d’un autre œil !

Et j’en retire une nouvelle philosophie de vie.

On apprend sans cesse. Toujours. Le yoga est si vaste. Ce n’est pas que les postures … infinies. C’est un mot qui évoque quelque chose en soi. Une inspir si différente des précédentes et qui vous renvoie quelque part dans votre corps. C’est une sensation autre dans une posture enseignée différemment : un mot, un geste, un regard, une intonation, un enchaînement.

La philosophie du yoga est si vaste et étendue. Quand je regarde ma bibliothèque (Bibliothèque), parfois je me dis que je suis folle d’en avoir autant acheté ! Et ce n’est qu’une partie superficielle de ce dont la philosophie regorge.

Les connaissances bio-mécaniques sont sans limites. Les effets du yoga sur le cerveau et le corps commencent tout juste à faire l’objet de nombreuses mesures et études.

Tous les jours, j’apprends à connaître mon corps, à localiser mes douleurs à m’interroger sur ce qui les a déclenchées.

Tous les jours, je m’assois sur mon splendide zafu pour méditer. Et tous les jours, j’observe un état différent, une énergie différente. Chaque jour est unique avec le yoga, chaque jour j’apprends.

Et puis, j’apprends face aux réactions des autres élèves. Et j’en reviens aux personnes qui n’ont pas été satisfaites d’un cours. Souvent, elles remettent en question l’enseignement dispensé. J’ai souvent dit dans mes différents articles (ou alors je l’ai pensé très fort) que chacun de nous doit trouver le professeur qui lui correspond le mieux. Celui qui va servir de moteur et de support à sa pratique. Et quand maintenant, j’entends quelqu’un me critiquer ou critiquer un autre enseignant, je lui dit « pourquoi cela provoque-t-il cette émotion chez toi ? C’est intéressant que tu l’observes et que tu en comprennes les causes. » Cela ne signifie pas que je dispense le professeur d’une quelconque responsabilité dans le fait que l’élève n’ait pas apprécié le cours.

Par exemple, il y a des cours que j’aime moins que d’autres, où je ne vais plus. Simplement parce que je n’y suis pas à l’aise, parce que c’est trop dans le force et cela me fait peur. Parce que je peux me faire mal à faire des acrobaties. Parce que ce qui est partagé n’est pas ce que je recherche. Mais ce n’est pas la faute de l’enseignant. C’est plutôt comme ça. Ici, personne n’est blessé. Et surtout là, à ce moment, je fais preuve de franchise envers moi même et par conséquent envers l’enseignant. Ce n’est pas être franc que de dire à une personne que son cours est nul : ce n’est pas du yoga. C’est faire preuve de violence car le corps, l’âme et l’esprit réagissent. En effet, bien souvent ce qui provoque ce sentiment vient de l’intérieur de nous. Pas du prof. Lui n’est que le support de déclenchement. C’est pour cela qu’il est intéressant d’observer, de s’observer, pour aller vers la vérité satya.

Et a contrario, il y a des gens que je vais chercher parce qu’ils me correspondent, parce qu’ils me touchent Moi (et pas parce qu’on me l’a dit). Faire du yoga, c’est à la fois déterminer ce qui nous fait du bien mais aussi savoir comment on réagit et reconnaître quand c’est l’EGO qui est en position de défense. C’est être dans l’unité, ÊTRE authentique. Unité du corps, de l’âme et de l’esprit.

J’aime beaucoup ce qu’écrit Iyengar dans « La voie de la paix intérieure » : « En sanskrit, le terme est purusa. En français nous pouvons l’appeler Âme cosmique ou Âme universelle. (…) Dans l’unité, il n’y a pas de possession, car la possession est un état duel, qui contient un moi et un ça. L’âme est immuable, éternelle et constante : elle demeure toujours en tant que témoin, enracinée dans l’origine divine et l’unité. Toute la pratique du yoga concerne l’exploration de la relation entre Prakriti et Purusa, la Nature et l’Âme. Il s’agit de retourner à notre image originelle, d’apprendre à vivre entre terre et ciel. »

C’est quand nous sommes arrivés à cette unité complète que nous cessons d’être élève. Ce que je veux dire par là, c’est qu’outre un apprentissage de notions, on apprend aussi à s’observer, à s’écouter puis à observer et écouter. Je dirais que c’est apprendre la sagesse. Voilà, être élève c’est aller vers la sagesse ….